Cadre technique

L’accessibilité du Web

Le W3C, organisme à but non lucratif, est chargé de fixer les standards pour le Web. En 1996, la Web Accessibility Initiative (WAI) a été créée pour mettre au point des standards d’accessibilité, aussi bien pour les contenus Web que pour les navigateurs et les outils de gestion et de publication des contenus Web.

La WAI a mis en place plusieurs groupes de travail, qui ont produits des recommandations parmi lesquelles on peut citer :

  • Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) relatives aux contenus Web
  • Accessible Rich Internet Applications (ARIA), qui traite notamment de l’accessibilité des composants Javascript que l’on trouve fréquemment sur le Web
  • Authoring Tools Accessibility Guidelines (ATAG), pour les outils de production de contenus Web (CMS)
  • User Agent Accessibility Guidelines (UAAG) qui concernent notamment les navigateurs et les lecteurs d’écran

L’application concrète des recommandations du W3C pour vérifier l’accessibilité de sites Web conduit à se poser des questions méthodologiques et techniques qui n’ont actuellement pas de réponse dans les standards internationaux. Ainsi, c’est pour rendre opérationnelle la mise en œuvre des standards du W3C que des référentiels ont été créés dans différents pays. En France, BrailleNet a créé le référentiel AccessiWeb, qui a servi de base au Référentiel Général d’Accessibilité des Administrations (RGAA) à partir de la version 3.0 publiée en 2015.

Les recommandations internationales

WCAG

Les Web Content Accessibility Guidelines, créées et maintenues par le Web Accessibility Initiative du W3C, constituent un socle de recommandations techniques pour l’accessibilité des contenus Web qui fait aujourd’hui consensus au niveau international. Transposées en tant que norme ISO depuis 2012 et reconnues par le Commission européenne et la loi française comme standard de référence, BrailleNet a aligné dès 2003 son écosystème AccessiWeb sur ces règles internationales en fournissant un cadre méthodologique et un référentiel technique permettant de vérifier la conformité avec les critères de succès des WCAG. Par arrêté du 29 avril 2015, le gouvernement français a officialisé le choix fait par les pouvoirs publics d’adopter le référentiel AccessiWeb HTML5/ARIA comme base du Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations (RGAA). En 1999, le W3C a publié la première version de ses règles d’accessibilité des contenus Web. Structurées en 14 recommandations, les WCAG 1.0 constituent une première articulation officielle de prescriptions techniques visant à obtenir une meilleure accessibilité. Les WCAG 1.0 se sont rapidement trouvées dépassées par les évolutions technologiques et en décembre 2008, la version 2.0 des WCAG est venue les remplacer. Cette version se veut plus précise, plus souple d’appropriation et davantage en situation d’évoluer. Ce standard est reconnu officiellement par la Commission européenne qui en recommande l’adoption dans tous les pays membres de la communauté. L’administration française s’y réfère depuis 1999. Cette version des recommandations a été traduite en français par l’association BrailleNet.

Les recommandations se déclinent en 4 grands principes, avec pour chacun des règles, des critères de succès, des techniques suffisantes et techniques recommandées. La liste des principes et règles se présente ainsi :

Des contenus perceptibles
  • Proposer des équivalents textuels à tout contenu non textuel qui pourra alors être présenté sous d’autres formes selon les besoins de l’utilisateur : grands caractères, braille, synthèse vocale, symboles ou langage simplifié
  • Proposer des versions de remplacement aux média temporels
  • Créer un contenu qui puisse être présenté de différentes manières sans perte d’information ni de structure (par exemple avec une mise en page simplifiée). Faciliter la perception visuelle et auditive du contenu par l’utilisateur, notamment en séparant le premier plan de l’arrière-plan
Des contenus utilisables

Rendre toutes les fonctionnalités accessibles au clavier

  • Laisser à l’utilisateur suffisamment de temps pour lire et utiliser le contenu
  • Ne pas concevoir de contenu susceptible de provoquer des crises (épilepsie notamment)
  • Fournir à l’utilisateur des éléments d’orientation pour naviguer, trouver le contenu et se situer dans le site
Des contenus compréhensibles

Rendre le contenu textuel lisible et compréhensible

  • Faire en sorte que les pages apparaissent et fonctionnent de manière prévisible
  • Aider l’utilisateur à éviter et à corriger les erreurs de saisie
Des contenus robustes

Optimiser la compatibilité avec les agents utilisateurs actuels et futurs, y compris avec les technologies d’assistance

ARIA

Le Web est aujourd’hui utilisé pour transmettre des contenus dynamiques et pour proposer aux utilisateurs des applications de plus en plus complexes. ARIA est constitué d’un ensemble de documents qui définissent des recommandations principalement destinées aux développeurs. Elles décrivent notamment :

  • Des modèles de conception (design patterns) que doivent respecter des composants (modales, barres de progression, sliders, accordéons, etc.) pour être correctement restitués par les technologies d’assistance ainsi que les raccourcis clavier que doivent mettre en oeuvre ces composants pour être utilisés au clavier
  • Des points de repère (landmarks), qui permettent d’identifier les principaux contenus d’une page Web afin de permettre à l’utilisateur de s’y déplacer plus facilement
  • Des moyens permettant de signaler qu’une partie du contenu d’une page a été mise à jour ou ajoutée, afin que ce type d’événement soit traité de manière dynamique par les technologies d’assistance

Les référentiels

AccessiWeb – la naissance d’un cadre méthodologique et d’un référentiel technique en France

Comme toute norme technique, les WCAG nécessitent des méthodes d’application adaptées aux activités qu’elles sont supposées encadrer telles que le développement d’applications Web, la création de contenus, la conception de l’interface et la conception graphique.

Dès 2003, l’association BrailleNet a créé et rendu publique la méthode AccessiWeb pour permettre une approche unifiée de la vérification de conformité de services Web vis-à-vis de WCAG. Cette méthode vise une approche opérationnelle sur la base de critères et d’objectifs thématiques formulés dans le référentiel AccessiWeb (Images, Cadres, Couleurs, Multimédia, Tableaux, Liens, Scripts, Éléments obligatoires, Structuration de l’information, Présentation de l’information, Formulaires, Navigation et Consultation). Cette méthode a été largement diffusée et utilisée, en France comme dans le monde francophone.

Dès 2004, BrailleNet a constitué un groupe de travail technique, le Groupe de Travail AccessiWeb, pour assurer notamment la surveillance et l’évolution du référentiel AccessiWeb, sur la base de son utilisation concrète par des professionnels. Le GTA, qui compte aujourd’hui plus de 500 membres, a fait évoluer le référentiel AccessiWeb de la version 1.0 à la version 1.1, publiée en juin 2008. En décembre 2008, suite à la publication par le W3C de la version 2.0 des WCAG, en remplacement de la version 1.0, BrailleNet a tout d’abord mis en place un comité francophone pour la traduction des WCAG 2.0 auquel le GTA a largement contribué (la traduction en français du document WCAG 2.0 a été la première traduction officiellement validée par W3C, en juin 2009). Puis, durant l’été 2009, en s’appuyant sur ce comité francophone, BrailleNet a constitué un groupe expert pour l’évolution du référentiel AccessiWeb de la version 1.1 à la version 2.0 jusqu’à la version 2.2 puis le référentiel Accessiweb HTML5/ARIA.

Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations (RGAA)

En application de la loi française n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, la première version du Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations (RGAA) a été élaborée en 2009. Cette première version est rapidement devenue obsolète. En 2013, l’administration a lancé un appel d’offre pour mettre à jour le RGAA. Un groupement d’entreprise dont fait partie BrailleNet a remporté cet appel d’offre en avril 2014 et a ainsi été chargé de mener à bien les travaux de mise à jour du référentiel, sous la responsabilité de la DINSIC (Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État).

La version 3.0 du RGAA a été approuvée par l’arrêté du 29 avril 2015. Cette version reprend en grande partie le Référentiel AccessiWeb HTML5/ARIA et représente une évolution majeure par rapport à la version précédente du RGAA. La dimension technique offre une traduction opérationnelle des critères d’accessibilité issus des règles internationales ainsi qu’une méthodologie pour vérifier la conformité à ces critères.

Le RGAA est un document évolutif destiné à être réactualisé régulièrement pour tenir compte des évolutions techniques.

L’accessibilité du livre numérique

DAISY

Au milieu des années 1990, faisant le constat des limites des supports braille et audio analogiques (encombrement important, difficultés de navigation, etc.) un groupe de bibliothèques et de producteurs de livres destinés aux aveugles s’est constitué avec pour objectif d’étudier comment le numérique pouvait être utilisé pour améliorer l’accès au livre. Ce groupement est né officiellement en 1996, sous le nom de consortium DAISY (Digital Accessible Information SYstem) et il a créé le format éponyme. Rapidement, DAISY est devenu un format ouvert, mettant en oeuvre des langages définis par le W3C (HTML, SMIL, SVG, XML, etc.). La dernière version du format DAISY (3.0) date de 2005. C’est un format multimédia, ce qui signifie que DAISY peut être utilisé pour des livres audio, texte ou cumulant les deux versions qui sont alors synchronisées entre elles. DAISY permet notamment :

  • De naviguer rapidement à l’intérieur d’un livre par partie, chapitre, sous-chapitre, etc.
  • La possibilité de présenter ou non certains éléments « optionnels » d’un livre, comme les notes de bas de page
  • La pose se signets
  • Le choix de la vitesse de lecture pour les livres audio
  • La possibilité de surligner à l’écran le texte en même temps qu’il est lu par une synthèse vocale

EPUB

Le format EPUB a été créé par l’IDPF (International Digital Publishing Forum), une organisation regroupant éditeurs, diffuseurs de contenus et industriels. À la fin des années 2000, le consortium DAISY a pris une part importante dans les travaux de l’IDPF, ce qui a abouti à la création du format EPUB 3.0 publié officiellement en 2011, qui a repris l’intégralité des fonctionnalités liées à l’accessibilité du format DAISY. Ainsi, depuis la version 3.0, EPUB est un format qui dispose de toutes les caractéristiques d’un format accessible. Il a vocation à être utilisé à la fois par les éditeurs « ordinaires » et par les producteurs de livres adaptés aux besoins de publics spécifiques (aveugles, malvoyants, dys, etc.).

Depuis 2016, l’IDPF a fusionné avec le W3C, qui se charge de la maintenance et de l’évolution du format EPUB.

L’accessibilité des applications

Contrairement au Web, il n’existe pas de standards permettant de rendre accessibles des applications « natives », qu’elles soient bureautiques ou mobiles. Cela s’explique par le fait qu’il existe de fortes différences entre les technologies utilisées dans les différents systèmes (Windows, Mac OS, Linux, iOS, Android, etc.). Pour rendre une application accessible sur un système en particulier, il faut donc que le développeur utilise les interfaces de programmation (API) spécifiques au système concerné.