Anniversaire de BrailleNet : 20 ans d’Accessibilité numérique

Le 14 juin 2018, BrailleNet a accueilli d’anciens et de nouveaux amis à l’occasion de son vingtième anniversaire, au siège de Microsoft France à Issy-les-Moulineaux. Les invités ont été accueillis par Bernard Ourghanlian, directeur Technologie et Sécurité pour Microsoft France, et Bruno Marmol, Président de BrailleNet. Microsoft soutient depuis longtemps le travail de BrailleNet et nous a reçu dans son centre de conférence ; un endroit approprié pour jeter un œil dans le rétroviseur et faire le point des réalisations des 20 dernières années dans les domaines clés de BrailleNet : le Web, la lecture numérique et la R&D.

BrailleNet : 20 ans d’accessibilité numérique

Pour d’introduire cet événement, Dominique Burger, l’un des fondateurs à l’initiative de BrailleNet et président de l’association jusqu’en 2016, a été invité sur scène afin de donner un bref aperçu de l’histoire de BrailleNet depuis 20 ans. L’idée de BrailleNet a germé au moment même où la France adoptait le nouveau protocole de communication universel connu sous le nom d’Internet. Les invités ont appris comment BrailleNet est passé d’un petit projet de recherche axé sur le développement d’un navigateur Web accessible à la fin des années 1990 à l’autorité reconnue en matière d’accessibilité numérique en France. En plus de la formation et du soutien professionnel, BrailleNet a fourni la traduction officielle des Règles pour l’accessibilité des contenus Web (WCAG) et a construit la méthodologie AccessiWeb qui est devenue la base de la norme nationale d’accessibilité du Web, la RGAA. En parallèle, plusieurs initiatives ont été lancées pour améliorer l’accès à la lecture via la technologie numérique, d’abord via le serveur Hélène et en 2012 à travers la bibliothèque numérique BNFA. Au fil du temps, BrailleNet s’est impliquée de plus en plus dans des organismes européens et internationaux (DAISY, W3C), des projets de recherche. Grâce à ses ateliers réguliers et son forum européen annuel sur l’e-accessibilité, BrailleNet a donné forme à une profession numérique croissante. Avec une très petite équipe à la base, le succès de BrailleNet repose sur le développement de partenariats solides à travers les frontières et la coopération agile entre les acteurs publics et privés qui croient fermement que les solutions numériques doivent être intrinsèquement inclusives.

La R&D dans le domaine de l’accessibilité numérique

photos et intitulés des intervenants : Klaus Miesenberger, Professor of Computer Science, Johannes Kepler University (JKU) Linz ; Pascal Guitton Professeur d'informatique et chercheur, Université de Bordeaux / INRIA ; Philippe Trotin, Accessibility Lead et Senior Business Program Manager, Microsoft

S’en est suivie la première des sessions thématiques : Accessibilité numérique et R&D. Klaus Miesenberger, professeur d’informatique à l’université Johannes Kepler de Linz, a donné un aperçu vertigineux des progrès technologiques dont nous avons été témoins ces dernières années. En remontant bien au-delà de 20 ans, Klaus a démontré qu’en trouvant des moyens de soutenir les utilisateurs handicapés grâce à la technologie, ce sont développés de nombreuses solutions grand public améliorant la vie de tous (du téléphone de Graham Bell au texte prédictif plus récent, la reconnaissance vocale, les interfaces personnalisées). Il a également retracé la genèse d’un certain nombre de technologies d’assistance telles que les dispositifs d’affichage en Braille et le rôle que joue l’Interaction Homme-Machine (IHM) ou la conception centrée sur l’utilisateur dans le développement de solutions accessibles.

Pascal Guitton de l’Université de Bordeaux et l’INRIA et Philippe Trotin de Microsoft ont ensuite été invités à se joindre à Klaus pour discuter des 20 prochaines années. L’intelligence artificielle et l’informatique quantique ont été identifiées comme des domaines prometteurs pour l’accessibilité numérique. Les capteurs intégrés et les outils automatisés augmenteront performance, accès au contenu et aux fonctionnalités. Bientôt, les nouveaux services cognitifs fournis par les bots et les interfaces personnalisées sur des dispositifs entièrement inclusifs amélioreront considérablement l’expérience utilisateur. Les équipes de R&D étudient également le potentiel des solutions de jeu inclusives et de réalité mixte conçues pour accroître l’autonomie des personnes handicapées. Cependant, s’assurer que les producteurs de ces technologies auront accès à une formation suffisante sur l’accessibilité a été identifié comme l’un des principaux obstacles qui devra être surmonté au cours des 20 prochaines années. La sécurité, la confidentialité des données et les considérations éthiques seront également des défis majeurs pour les entreprises et les organisations travaillant dans ce domaine.

Construire un Web universel

photos et intitulés des intervenants : Shadi Abou-Zahra, Accessibility Strategy and Technology Specialist, W3C Web Accessibility Initiative (WAI) ; Eric Velleman, Technical Director, Accessibility Foundation (The Netherlands) ; Vincent Aniort, Expert accessibilité, Orange / Référent accessibilité numérique, Association des Paralysés de FranceLa deuxième session de l’après-midi a porté sur l’accessibilité numérique et le web. Shadi Abou-Zahra, spécialiste de la stratégie d’accessibilité et des technologies au W3C Web Accessibility Initiative (WAI), a été invité à revenir sur les mesures prises au cours des 20 dernières années pour assurer l’universalité du Web. Grâce aux normes WCAG (Web Content Accessibility Guidelines), ATAG (Authoring Tool Accessibility Guidelines), UAAG (User Agent Accessibility Guidelines) et ARIA, WAI fournit aux professionnels du numérique les outils nécessaires pour construire, publier et traiter des documents accessibles dès le départ. Le Web continue de converger avec différentes technologies, appareils et secteurs industriels et les personnes handicapées utilisent de plus en plus des applications Web mobiles ainsi que des objets connectés dans leur vie de tous les jours. Les normes et protocoles Web doivent tenir compte de la connectivité transparente dont les utilisateurs ont besoin pour tirer parti des possibilités offertes par un environnement de plus en plus numérisé.

Vincent Aniort d’Orange, de l’Association des Paralysés de France et Eric Velleman, Directeur Technique de la Fondation Accessibilité Bartiméus, ont rejoint Shadi pour discuter de l’avenir de l’accessibilité du Web. Ils ont insisté sur la nécessité de disposer de lignes directrices, de techniques et de méthodologies robustes qui soutiennent l’évolution de la technologie, mais également de la nécessité de concevoir, construire et tester en étroite collaboration avec des groupes d’utilisateurs comprenant des personnes handicapées. La réalité virtuelle, l’impression 3D et haptique sont susceptibles d’être des facteurs de changement dans les années à venir. Mais, encore une fois, la nécessité d’une base solide dans l’accessibilité numérique est primordiale si les concepteurs, les ingénieurs et les techniciens doivent tirer profit des technologies Web en évolution. À l’heure actuelle, il existe un écart de compétences dramatique qui fait que l’accessibilité est reléguée à une réflexion après coup.

Accroître l’accès aux livres et la lecture grâce à la publication numérique

photos et intitulés des intervenants : Jesper Klein, Project manager at the National Library of Sweden / Chairman of the DAISY Consortium Board ; Luc Audrain, Responsable support à la numérisation, Hachette Livre ; Françoise Fontaine-Martinelli, Co-responsable de la commission Accessibib - ABF / SCD Université Lyon 1Jesper Klein, chef de projet à la Bibliothèque nationale de Suède et président du DAISY Consortium Board, a été invité à ouvrir la session finale sur les livres numériques et la lecture. Ayant retracé l’historique de la lecture accessible en partant de la cassette audio, de la loupe et des livres Braille imprimés en 1998 jusqu’à la disponibilité de livres numériques nativement accessibles, Jesper a souligné chaque étape de ces 20 dernières années. L’engagement et la détermination de George Kerscher, chef des innovations du consortium DAISY, ont été salués comme un élément moteur de ce changement de paradigme. Le point culminant du travail du consortium DAISY se trouve dans le format EPUB 3, un format riche en fonctionnalités et grand public qui prend en compte toutes les exigences d’accessibilité. En veillant à ce que, dans la mesure du possible, les éditeurs produisent des livres électroniques accessibles au public, les organismes d’adaptation spécialisés peuvent concentrer leurs ressources et leur expertise sur la mise à disposition de contenus complexes. Cependant, il reste encore du chemin à parcourir, car seulement 5% de livres publiés actuellement sont disponibles pour les personnes incapables de lire les imprimés.

Jesper a été rejoint par Françoise Fontaine-Martinelli qui copréside la commission Accessibib à l’association nationale des bibliothèques et Luc Audrain, responsable du numérique au groupe d’édition Hachette. En ce qui concerne les bibliothèques, il a été noté que les institutions cherchent de plus en plus à offrir des services plus inclusifs, mais là encore le manque de formation signifie que le personnel des bibliothèques n’est pas toujours équipé pour répondre aux besoins des utilisateurs handicapés. Pour aller de l’avant, les solutions numériques doivent être simples, abordables, adaptables, discrètes et prendre en compte les besoins des utilisateurs individuels et collectifs en fournissant de multiples points d’accès. Les bibliothèques ont et auront toujours un rôle social à jouer ainsi qu’un devoir à encourager le dialogue. En matière d’édition, Luc Audrain rapporte que tous les livres numériques de Hachette sont désormais systématiquement contrôlés à l’aide de l’outil d’assurance qualité DAISY (ACE), ce qui forcera forcément d’autres éditeurs et fournisseurs de livres numériques à suivre leur exemple. La législation a fourni l’incitation nécessaire pour pousser à ce changement d’étape. Les efforts doivent maintenant se concentrer sur la façon de traiter le contenu complexe comme les ressources éducatives et les manuels. Des conseils sont également nécessaires pour s’assurer que l’utilisateur final comprend ce qui est disponible sur le marché commercial et comment utiliser la technologie pour tirer pleinement parti de ces publications.

Et que réserve l’avenir à BrailleNet ?

Dans l’avenir, BrailleNet continuera de bâtir et de maintenir un solide réseau de partenaires nationaux et internationaux, tant dans le secteur des entreprises que dans le secteur non marchand. Son rôle sera aussi de fournir des outils et des services centrés sur l’utilisateur et fondés sur les dernières avancées scientifiques et technologiques.

Les ambitions de BrailleNet pour les prochaines années

Livres et lecture accessible

Service de lecture
  • Ouvrir la BNFA aux personnes ayant des troubles d’apprentissage
  • Élargir le réseau des organisations participantes aux partenaires internationaux
Services d’adaptation
  • Développer des outils robustes pour améliorer la productivité
  • Se concentrer sur le contenu complexe pour mieux répondre aux besoins des étudiants et des universitaires
Accompagnement des professionnels
  • Soutenir les éditeurs dans leurs efforts pour créer et distribuer des livres numériques nativement accessibles
  • Soutenir les structures d’adaptation dans leur travail au travers des outils et d’un support technique
  • Construire un réseau autour de l’édition numérique accessible, avec la création d’un événement annuel en partenariat avec Enssib (prochain événement 17 janvier 2019)

Accessibilité du Web

Activités de normalisation internationales
  • Les WCAG 2.1 ont été publiés le 5 juin 2018: BrailleNet est un candidat pour coordonner la traduction française officielle
  • Intégrer WCAG 2.1 dans les formations et progressivement dans le schéma de certification (label AccessiWeb)
Adoption de directives européennes
  • Soutenir les efforts autour de la directive sur les services publics en ligne
  • Soutenir les efforts autour de la directive sur l’accès aux biens et services
Accompagnemnet des professionnels via le groupe de travail AccessiWeb
  • Développer des outils collaboratifs
  • Développer une base de connaissances
  • Ouvrir les rendez-vous annuels d’AccessiWeb à tous les professionnels du numérique (prochain événement le 17 octobre à la Cité des Sciences à Paris)

Recherche & Développement

Terminer les projets de recherche en cours
Explorer de nouveaux domaines de recherche sur l’accessibilité numérique
  • Mobilité
  • Intelligence Artificielle

En France, l’accessibilité numérique reste un domaine peu connu. La nécessité de sensibiliser, de rassembler les professionnels autour de questions très pratiques et de fournir des outils et des méthodologies efficaces est essentielle. Fournir une formation de qualité et des opportunités pour promouvoir les meilleures pratiques aidera à élargir le cercle et à soutenir les efforts dans tous les secteurs pour construire des produits et services totalement inclusifs.
Il reste tant à faire !