Production et diffusion de livres en braille à l'heure d'Internet
(Les 6 points de la production braille, actuelle et future)

par Michel Jacquin

introduction

Lorsque Dominique Burger m'a téléphoné pour me demander de remplacer Mlle Truquet au pied levé pour présenter une intervention relative à la production du braille au cours de cette journée sur le Livre Electronique j'ai hésité car il me restait à peine 24 heures pour en préparer la rédaction et la présentation.

Cependant c'était l'occasion d'exprimer mes réflexions après 20 ans de travaux d'adaptation française de programmes de transcription en braille, de conception de programmes auxiliaires et utilitaires, et surtout de faire part de mes recommandations et espoirs pour l'avenir de cette discipline.

J'ai retenu 6 points qui me paraissent important de signaler et de commenter. Pascale Isel, à qui je venais de montrer la maquette de ce projet m'a fait remarquer que: "Six points pour parler du braille, cela semble un nombre normal"

Quoi qu'il en soit je vais vous présenter ces six points en vrac, les uns après les autres mais vous verrez qu'ils tendent tous vers le sixième qui synthétise mes convictions et mes espoirs.

1. Mondialisation des logiciels de production du braille

Lorsque l'Association Valentin Haüy a commencé à produire des documents braille en utilisant un ordinateur, c'était dans les années 80. A cette époque on croyait encore que la difficulté résidait dans la conception du programme de transcription et de formatage lui-même. On s'est assez vite aperçu que les difficultés principales provenaient de l'obtention de fichiers sources corrects, de la conversion éventuelle de leur format et surtout de l'évolution extrêmement rapide des matériels et logiciels. Cette évolution permanente obligeait à s'adapter sans cesse à de nouveaux traitements de texte, de nouveaux langages, de nouveaux systèmes d'exploitation. Il aurait fallu plusieurs personnes travaillant à temps plein pour maintenir régulièrement un tel système de production.

Les moyens de l'AVH et même de toute la communauté des non-voyants français ne pouvaient suffire à une telle tâche.

Nous avons alors commencé à penser que la transcription du braille était sensiblement la même dans presque tous les pays du monde, du moins dans ses grandes lignes, et qu'elle ne différait en fait que par les caractères manipulés et les règles de transcription et de formatage. Le travail sans cesse renouvelé de mise à jour des programmes de saisie, de transcription, de formatage et d'embossage du braille devait pouvoir se partager à une échelle internationale. Le mot "mondialisation" n'était pas encore à la mode.

La Société américaine Duxbury Systems semblait avoir la même philosophie car elle avait conçu la structure de ses programmes dans ce sens et venait de commencer à proposer une troisième "table de transcription", la table espagnole, après la table américaine et la table britannique. En 1987 nous commencions une collaboration régulière et confiante qui ne s'est jamais démentie depuis.

Cela semble tout à fait normal maintenant. En effet à quoi ressemble principalement un système de transcription moderne? Cela ressemble étrangement à un traitement de texte, avec ses fonctions d'ouverture, d'importation et d'exportation, de manipulation de texte, de formatage et de sortie sur un appareil d'impression. Seule l'étape de transcription en braille proprement dite et de formatage en braille manquait.

Or actuellement, s'il existe encore par-ci par-là quelques traitements de texte spécifiques régionaux, il y a bien lontemps que les frais de conception et de diffusion des grands traitements de texte sont partagés à l'échelle mondiale. La conception et la structure de ces grands traitements de texte a été modifiée en conséquence: les menus, messages et tables qui changeaient d'une langue à l'autre ont été sortis du programme principal pour être disposés dans des fichiers à part, facilement modifiables.

Il n'est donc pas étonnant que l'évolution qui s'est produite pour les traitements de texte se produise également pour la transcription braille.

Actuellement un projet de francisation de DBT (Duxbury Braille Translator), la version la plus moderne de Duxbury, sous Windows 98 et NT, est en cours de développement conjointement à la Société Duxbury Systems et à l'AVH sous la responsabilité de mon collègue et ami Christian Coudert.

Non seulement les menus et messages seront en français mais aussi les codes braille et d'embossage. Toutes les règles et modifications définies récemment par la "Commission Evolution du Braille" seront prises en compte de façon à satisfaire les besoins des associations et producteurs de livres braille général, mais aussi ceux de manuels scolaires et universitaires. Une aide à la transcription mathématique sera également incluse.

Il ne faut toutefois pas se cacher qu'il y a un travail énorme de traduction et d'adaptation et qu'il ne faut sans doute pas compter sur une sortie des premières versions expérimentales de ce système avant la fin de l'année. Cependant la machine est en marche et les équipe Duxbury et AVH qui s'en occupent sont animées d'un moral de "gagneurs".

2. Le braille, une police d'impression pour les aveugles

En général un document imprimé est présenté, à l'aide de police et de styles, de la façon la plus adaptée, selon les domaines concernés, au lecteur potentiel.

Cette adaptation se caractérise par l'agrément de la lecture et la meilleure facilité de compréhension du contenu sémantique du texte de l'auteur. A l'aide de cette police et des styles associés dans la présentation visuelle du document, on cherche donc à optimiser la pénétration de ce contenu sémantique dans le cerveau du lecteur, en passant par son organe d'entrée normal, la vision.

Si maintenant on a affaire à un lecteur mal-voyant, on choisira alors une police plus simple, sans ligatures et de plus grande taille, associée à des styles différents, par exemple avec des couleurs de fond et de premier-plan mieux contrastées, pour présenter une fois encore un document qui sera le plus agréable et le plus facile à comprendre pour ce lecteur mal-voyant.

Si enfin le même texte est présenté à un aveugle complet, il faudra alors changer l'entrée sensorielle vers le cerveau de ce lecteur et transformer les caractères graphiques en combinaisons de points braille, en relief sur du papier ou sur une plage d'affichage tactile. De plus, pour minimiser la taille du texte et augmenter la vitesse de lecture une opération un peu plus complexe de conversion et d'abrègement devra également être ajoutée.

Et pourtant dans tous ces cas il s'agit du même document initial avec le même contenu sémantique à transmettre.

On peut donc attribuer un sens plus général au mot police et dire qu'une police, prise dans ce sens plus général, est une présentation sensorielle, la mieux adaptée au lecteur pour optimiser le degré et la vitesse de compréhension du contenu sémantique du document source.

J'ai employé volontairement le mot police, plutôt qu'un mot plus technique ou scientifique tel que format ou interface, de façon à conserver cette idée simple de présentation adaptée, visuelle au départ.

Dans ce sens plus général on peut donc dire que le braille est la police des aveugles, de la même façon que les "gros caractères" sont la police des amblyopes. De la même façon aussi la voix synthétique est une police pour l'ensemble des handicapés visuels en général.

Pourquoi cette remarque préliminaire? Nous nous y reporterons au dernier point de notre présentation, le point 6.

3. Le projet Gutenberg, les bibliothèques virtuelles

Nous avons vu plus haut qu'une des principales difficultés de la production braille était l'obtention de textes sources corrects. On a bien longtemps espéré récupérer les fichiers en provenance des éditeurs pour transcrire leur texte et transformer par programme leurs commandes de formatage pour l'imprimé en commandes de formatage pour le texte braille. Outre les difficultés liées à la propriété intellectuelle dont il a été question précédemment au cours de cette Journée, il n'était souvent même pas possible de retrouver ces fichiers, souvent détruits après usage.

Un autre espoir, un peu plus satisfaisant celui-là, consistait à utiliser des systèmes de reconnaissance optique des pages imprimées elles-mêmes. Mais si le résultat d'une opération de reconnaissance automatique est souvent suffisante pour une simple lecture verbale individuelle, elle est aussi souvent loin d'être de qualité suffisante pour produire du braille, pour lequel d'ailleurs les erreurs typographiques ont un effet démultiplié sur la sortie braille. De plus ce procédé ne permet généralement pas d'engendrer automatiquement les codes de formatage nécessaires pour le braille.

L'idée est donc naturellement venue dans plusieurs pays de rassembler, ce qui était dans le domaine public du moins, au sein d'une vaste bibliothèque virtuelle et utilisant les mêmes procédés que ceux du Web pour disposer des liens d'un endroit vers un autre. C'est ce qu'on a appelé le Projet Gutenberg.

Il est maintenant en fonctionnement satisfaisant dans plusieurs pays. En France un début d'une telle bibliothèque est entrepris à l'INRIA Rhône-Alpes pour le compte de BrailleNet.

D'autres livres électroniques sont disponibles depuis longtemps aux Etats-Unis en particulier, où le catalogue "E-text" de la RFB&D, Recording for the Blind and Dyslexic, est maintenant impressionnant. Il s'agit souvent de manuels scolaires ou universitaires qui sont vendus aux usagers à un prix raisonnable, voisin de celui du livre imprimé. Mais il y a aussi beaucoup de littérature générale ou technique.

C'est ce qu'avait tenté de faire en France la Société Braille-Soft et qui a dû cesser ses activités, faute de soutien et de compréhension de la part des associations et des autorités administratives.

Comme nous l'avons vu aussi au cours de cette Journée, les nouvelles techniques du Web et leurs langages, HTML ou XML, ont radicalement changé les données du problème: au lieu que les producteurs de braille tentent de se rapprocher des formats des éditeurs ce sont maintenant ceux-ci qui commencent à s'adapter à ces langages éminemment plus favorables aux producteurs de braille et même aux simples individus handicapés visuels.

Cette tendance a naturellement été plus rapide chez les fournisseurs d'information à l'usage de ces derniers. Personnellement je suis abonné depuis plusieurs années non seulement au RFB&D mais aussi à plusieurs magazines en ligne, payants ou non, tels que le "Braille Monitor" de la remarquable NFB, National Federation of the Blind ou encore Access World, de l'APH, American Printing House, publié tout récemment "on-line", moyennant un abonnement modique qui donne droit à un numéro d'identification et un mot de passe permettant de récupérer ou d'aller lire en ligne ces textes, à l'aide de nos logiciels d'accessibilité, tels que Jaws par exemple. Nous pouvons donc lire ces documents avec la "police" qui nous convient.

Si en France plusieurs journaux sont maintenant disponibles sur Internet il ne faut pas se cacher que nous avons plusieurs années de retard dans ce domaine par rapport aux Etats-Unis mais aussi à beaucoup de nos voisins européens.

4. Web-braille, bibliothèque virtuelle des documents transcrits en braille

C'est une initiative qui est naturellement venue à l'esprit et qui consiste à rassembler tous les documents déjà transcrits en braille au sein d'une grande bibliothèque virtuelle.

C'est le Service des Handicapés Physiques de la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress, National Library Service) déjà réalisateur d'un catalogue unifié de toutes les productions adaptées aux USA et dans les bibliothèques associées, qui a été le metteur en œuvre de ce projet aux Etats-Unis.

Cela devait être d'autant plus facile que dans ce pays il n'y a que 5 grands producteurs de braille, utilisant tous le même système de transcription, Duxbury.

Malgré cela le travail n'est pas négligeable car chacun utilise ses propres méthodes de catalogage et même de présentation de certains éléments des volumes, tels que les tables des matières et les notes. Comme l'a dit ce matin Dominique Burger cette bibliothèque contient maintenant près de 3000 ouvrages en braille et elle s'enrichit chaque semaine d'environ 10 titres.

Compte tenu de la multiplicité des producteurs en France, de la grande souplesse des règles de transcription, de présentation et de catalogage, je n'ose pas penser au travail monumental qui attendrait ceux qui voudraient suivre cet exemple.

Comment ce système fonctionne-t-il? Le format braille choisi maintenant à l'échelon international est le format dit .BRF du nom des extensions des documents braille Duxbury, en conformité avec les règles définies par le BANA, Braille National Authority of North America. C'est le format maintenant commun à tous les grands producteurs américains et aussi beaucoup d'autres pays anglo-saxons.

Avec une plage braille ou une embosseuse utilisant le même code il est donc facile de lire du braille abrégé sur une plage éphémère ou l'embosser sur papier.

Pour ceux qui veulent lire avec une voix synthétique c'est également fort simple. On peut importer directement le texte dans le programme Duxbury (ou un autre) si on le possède et lire alors directement la fenêtre "ligne transcrite". On peut aussi retranscrire en intégral le texte abrégé en utilisant les programmes de transcription en sens inverse et lire le document en clair.

Je crois savoir que les fournisseurs de logiciels d'accès à l'usage des handicapés visuels, comme par exemple Jaws, intègrent maintenant un programme de "désabrègement" en temps réel dans leurs systèmes de lecture par voix synthétique. Comme le font aussi presque tous les fabricants d'appareils de prise de notes en braille.

A cette étape il faut faire une remarque qui me paraît importante: en France la réversibilité du braille est encore considérée comme secondaire sinon inutile. Bien que la Commission Evolution du Braille ait fait ces dernières années d'importants progrès dans ce sens (inversion des guillemets et parenthèses, suppression d'une partie des ambiguïtés des règles) le chemin qui reste à parcourir est encore considérable.

Il faudrait en particulier arriver à supprimer l'obligation de rétablir les accents sur certaines majusculeset de maintenir les noms propres et les mots étrangers en intégral (grade 1). Ces spécificités françaises ne devraient plus avoir de raison d'être et provoquent un accroissement considérable du temps nécessaire à la production. Elles empêchent une vraie réversibilité du braille français. Cela rend une Web-braille française quasiment impossible ou limitée et provoque des retranscriptions à partir d'appareils de prise de notes pour le moins approximatives.

Un inconvénient majeur cependant de Web-braille: son accès n'est autorisé qu'aux personnes "eligible", c'est-à-dire aux citoyens américains éprouvant des difficultés de lecture de quelqu'ordre qu'elles soient: aveugles, handicapés physiques ou cérébraux.

Cependant je crois savoir qu'il y a souvent des possibilités d'obtention des documents de la NLS par l'intermédiaire de "bibliothèques ou agences associées". C'est sans doute un rôle important que pourraient remplir les associations telles que l'AVH et/ou BrailleNet.

Une autre initiative intéressante, privée celle-là, est celle de l'IBRC, International Braille Research Center qui développe aussi de son côté une bibliothèque braille virtuelle mais en mettant surtout l'accent sur la participation de personnes bénévoles pour augmenter plus rapidement le catalogue disponible.

5. Le livre numérique vocal, le système Daisy

Une autre forme de livre électronique dont on a peu parlé au cours de cette journée est le bon vieux "livre parlé" sur cassettes.

Lui aussi est en train de vivre une révolution informatique.

Rappelons que le livre parlé sur cassettes s'adresse surtout aux aveugles âgés, non informaticiens c'est-à-dire en fait la grande majorité des handicapés visuels. Outre la simplicité d'utilisation ce système présente l'immense avantage de proposer une vraie voix naturelle avec toutes les nuances et le contenu psychologique que cela comporte.

Actuellement un Consortium international, dénommé Daisy ("Digital Audio-Based Information System") s'est créé: sous l'impulsion de quelques pays nordiques, du Canada et du Japon, une grande réflexion a été menée pour essayer de définir quel pouvait être l'avenir de ce livre parlé. Après quelques hésitations les pays d'Europe et les Etats-Unis ont suivi le mouvement.

Des standards ont été définis et des appareils expérimentaux sont en cours de développement.

Ce nouveau système utilise aussi les techniques du Web et ses langages. Cela permet de cumuler les avantages de la voix naturelle avec ceux d'une manipulation numérique. Des liens permettent de passer de la table des matières aux différents chapitres et sections du livre tout en obtenant une voix naturelle numérisée, beaucoup plus agréable à l'audition. Le texte numérique n'est pas absent non plus car il accompagne de façon synchrone l'enregistrement numérique de la voix de telle sorte qu'il est facile de faire épeler par une voix synthétique le mot ou le groupe de mots pour lesquels on pourrait avoir des doutes quant à leur orthographe ou à leur attribut, casse ou style.

Qu'est-ce que cela a à voir avec la production du braille? Tout simplement que les nouvelles techniques dont nous venons de parler permettent de rajouter assez facilement à la voix naturelle et au texte normal un texte en braille abrégé alors lisible plus facilement sur une plage d'affichage braille par les lecteurs aveugles complets.

Un contrat de collaboration dans ce sens vient d'être conclu entre un membre du groupe Daisy, le CNIB, Canadian National Institute for the Blind, et l'APH, American Printing House et la société Duxbury.

De plus il faut aussi signaler que des progrès très récents des voix synthétiques sembleraient permettre de rapprocher encore plus la voix synthétique de la voix humaine. En fait la synthèse ne se ferait plus au niveau du phonème mais au niveau des mots ou groupes de mots, eux-mêmes enregistrés à partir de voix naturelles.

6. L'intégration des aveugles passe par l'intégration de la "police" braille dans les programmes et systèmes de manipulation et de communication de l'information

Les points précédents que nous venons d'examiner nous amènent tout naturellement à penser qu'il serait souhaitable et possible d'intégrer la "police" braille dans un traitement de texte tel que Word, un programme de courrier tel que OutLook Express et, d'une façon encore plus générale, dans le système d'exploitation Windows lui-même.

Au lieu de cela les aveugles actuels doivent acquérir un logiciel d'accès séparé, Jaws par exemple, un programme de transcription en braille, Duxbury par exemple et passer leur temps à commuter d'une application à un de ces programmes en permanence, d'une façon souvent délicate ou maladroite.

Que diraient les acheteurs d'ordinateur si on leur livrait un appareil sans pilote vidéo ni écran cathodique, en leur disant que l'information est à leur disposition dans l'ordinateur et qu'ils n'ont qu'à s'adresser à leur fournisseur d'accès visuel habituel? C'est pourtant la situation actuelle des handicapés visuels qui doivent acheter séparément ces trois éléments en espérant qu'ils voudront bien marcher ensemble.

Microsoft a d'ailleurs un peu commencé à travailler dans ce sens et il propose maintenant des embryons de dispositifs d'accès en gros caractères et même en voix synthétique.

On peut espérer que tous ces éléments seront un jour, le plus rapidement possible, intégrés dans le système d'exploitation de l'ordinateur, y compris les programmes de production de braille.

Il y a de nombreux freins à cette légitime aspiration: les droits de propriété naturellement, les intérêts des sociétés productrices de matériels et logiciels adaptés, et sans doute bien d'autres freins moins apparents tels qu'un certain manque d'intérêt de l'ensemble de la société. Comme dirait Kipling que citait ce matin Dominique Burger: "Mais ceci est une autre histoire …".

Ce n'est pas le problème d'un "simple technicien" qui n'arrive pas à comprendre que ce qui lui saute aux yeux (si je puis faire cette métaphore hardie pour un aveugle) ne soit pas aussi évident pour nos décideurs et que ce qui est simple et juste mette parfois plus de 10 ans pour se réaliser, si cela arrrive un jour.

Alors seulement les handicapés visuels ne seront plus des êtres à part qu'il faut plaindre et dont il faut s'occuper et diriger comme des "sous-citoyens", mais à qui on fait rarement vraiment confiance. Dès le plus jeune âge scolaire il se serviront des mêmes outils que les autres, avec des adaptations prévues dès le départ et non "bricolées" tant bien que mal avec des années de retard. La vraie "intégration sociale" des aveugles ne consiste pas seulement à les mettre dans les mêmes écoles. Cela ne sert pas à grand chose si les "outils" qu'on leur donne n'ont pas été prévus pour eux au même titre et en même temps que les autres enfants.

Il est permis de rêver en ce début d'année 2000. D'ailleurs si on veut réaliser un jour nos rêves, encore faut-il en avoir.

Curieux rêve d'ailleurs pour quelqu'un qui a passé plus de 10 ans de sa vie à s'occuper de programmes de production du braille, et dont le résultat serait tout simplement la suppression de cette activité. Cette production se ferait alors de façon "transparente", à l'intérieur du système, sans que l'utilisateur soit conscient qu'il est en train de "produire du braille".

Ce rêve qui semble utopique actuellement fera probablement l'objet d'un travail concret beaucoup plus prochainement que certains ne l'imaginent, tant le progrès de ces technologies s'accélère et la pression des personnes handicapées se fait mieux sentir.

Conclusion

Ce point 6 aurait pu servir de conclusion à mon exposé mais je ne résiste pas au plaisir de faire mienne, en l'enjolivant un peu, la conclusion d'un article récent de Joe Sullivan, Président de Duxbury Systems:

Il est remarquable de constater que, bien qu'exposé pour la première fois en 1829, le système de Louis Braille, et qui est encore un des seuls à porter un nom français dans l'ensemble du monde, se révèle un système sans "bug de l'an 2000": personne n'a vu les tablettes ou les machines Perkins des aveugles s'arrêter le 31 décembre 1999 à minuit. Et pour cela, contrairement à bien des systèmes informatiques modernes, il n'y a pas eu besoin que la collectivité dépense des dizaines ou centaines de millions de francs ou de dollars, que les aveugles, et bien d'autres, ont par ailleurs tant de mal à obtenir pour les études et réalisations dont ils auraient pourtant grand besoin. Plus que jamais le braille se confirme comme "compatible an 2000".

Michel Jacquin, le 4 février 2000

Bibliographie et adresses Internet:

Joe Sullivan: Duxbury in the year 2000 and beyond, Braille Monitor janvier 2000
Judy Dixon: Web-braille, a new distribution system for braille books, Braille Monitor janvier 2000
George Kerscher: Implications of Digital Talking Books and beyond, Braille Monitor janvier 2000
Web-braille: Library of Congresss/National Library Service
Projet Gutenberg
IBRC, International Braille Research Center: Peter Donahue
The Electronic Braille Library
Internet Public Library Resources, information, links to other sites, and anything e-text related.
RFB&D, Recording for the Blind and Dyslexic, on-line catalog of books
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