L'adaptation des livres scolaires

par Béatrice SOUQUET et Anne TISON



Quand on parle d'adaptation de livres, et de livres scolaires en particulier, il faut bien com-prendre que ladite adaptation vient en complément de la transcription en braille elle-même soumise à des règles précises, et que ce travail met en application des procédures bien définies.

Comme la transcription, l'adaptation a pour but :
- de rendre accessible au malvoyant la partie du document à adapter ;
- de lui en permettre l'exploitation

- à partir d'une consigne pédagogique précise
- et/ou pour répondre à ladite consigne.

Quels sont les documents ou parties de documents pour lesquels on parle d'adaptation ?
- les tableaux et graphiques
- les schémas
- les images

Il me semble important de se poser la question de savoir pourquoi, de façon général, on utilise ces outils d'information.<:p>

a) Les tableaux et graphiques

Un tableau est un ensemble de renseignements regroupés et rangés méthodiquement de manière à pouvoir être lus d'un bref coup d'œil.
Un graphique est une représentation de données, en l'occurrence chiffrées, qui permet une visualisation rapide d'une quelconque évolution.

b) Le schéma

Selon la définition du dictionnaire, c'est une description ou représentation mentale réduite aux traits essentiels. C'est une figure donnant une représentation simplifiée et fonctionnelle d'un objet, d'un mouvement, d'un processus.

c) L'image

C'est la reproduction d'un être, d'une chose, d'un lieu (photo, peinture etc…)

Mettons à part l'image ou la photo à vocation d'illustration, reliée ou non au texte, qui apporte au voyant un plaisir du voir, et qui de ce fait rend l'adaptation non indispensable.

Dans tous les cas de figure précités, ces outils (tableaux, graphiques, schémas) apportent en règle générale, un complément d'information à un écrit, voire se substituent à cet écrit, parce que la perception en est plus synthétique donc plus rapide.

Il est bien question ici de rapidité dans la prise de connaissance d'informations.

Qu'en est-il pour le malvoyant ?

Il est important de faire ici la différence du malvoyant utilisateur du braille et du malvoyant utilisateur de gros caractères.

a) L'utilisateur du braille donc du dessin en relief

Prendre connaissance d'un document en relief, suppose que l'utilisateur ait reçu une éduca-tion de lecture tactile. L'éducation tactile ne se limite pas à lire le braille, il y a aussi la perception des matières et textures, des formes, la perception de l'espace à explorer, la progression à appliquer pour découvrir de façon cohérente cet espace afin de rendre exploitable le document exploré. Bref prendre connaissance d'un document en relief demande du temps.

Ceci posé, vous comprendrez que pour mener à bien sa mission, le transcripteur-adaptateur de documents doit :
- faire appel à toute sa connaissance du handicap visuel ;
- mettre en place avec l'enseignant de la matière à qui se rapporte le document à adapter, le raisonnement pédagogique qui fera que l'adaptation permettra à l'élève de répondre à la consigne donnée, dans un temps se rapprochant le plus possible de celui imparti à l'élève voyant.

La connaissance de la déficience visuelle lui permettra de tenir compte des limites de la lec-ture tactile - les renseignements en relief, pour qu'ils soient lisibles efficacement par le doigt doivent être peu nombreux, d'où la nécessité parfois de réaliser plusieurs adaptations pour une seule image à adapter - auxquelles, viennent se rajouter les limites de l'utilisateur lui-même, limites dues à ses pré-requis tant scolaires que personnels.

Le raisonnement pédagogique lui, est fondé sur la consigne demandée à l'élève, et doit pren-dre en compte les informations pédagogiques données par l'enseignant. Ce raisonnement conduira le transcripteur-adaptateur à réaliser, soit une adaptation en relief, soit une adaptation en linéaire, ou de ne pas adapter du tout.

Exemple : diagramme circulaire….
image pour le plaisir des yeux…

L'adaptation à réaliser doit tenir compte :
1. du lieu d'utilisation du document pédagogique :
- classe en milieu ordinaire,
- classe en institution spécialisée,
- à la maison.

2. de l'outil ou des outils de travail de l'utilisateur : l'élève utilise-t-il le braille, le "noir", le braille et le "noir", voit-il les couleurs, les nuances ?

3. du niveau de l'élève et si possible l'endroit où se situe le document à adapter dans la pro-gression pédagogique de l'enseignant (un document servant de support de découverte et d'apprentissage, ne sera pas adapté de la même façon que le même document faisant l'objet d'une mise en application. Ex. Compléter un organigramme.)

4. du pourquoi de la représentation graphique : l'élève doit-il la consulter ? l'élève doit-il la compléter, l'élève doit-il la légender ?…

b) L'utilisateur de documents en gros caractères

Ils se divisent à mon sens en trois catégories :
1. Les amblyopes utilisant un document en gros caractères (police de taille allant de 16 à 22). Pour ceux-là, il s'agira de jouer sur la taille de la police, sur l'interlignage. Les tailles précitées nous permettent de rester fidèles à la disposition du document d'origine et à en respecter les règles relati-ves à la production de graphique par exemple (emplacement du titre, nom des différents axes, etc…) Cela dit une police difficile à lire parce que purement esthétique, des titres présentés verticalement ou autres originalités de présentation, devront être adaptés.

2. Les amblyopes qui sont les rescapés de l'utilisation à outrance des basses-visions. J'ai déjà rencontré des productions de gros caractères d'une taille de 36 voire 42. Dans ces situations aucune règle de disposition ne peut être respecté !
Vous imaginez la densité de volume de documents produits !
Vous imaginez les difficultés à gérer une telle densité !
Vous imaginez aisément la difficulté d'exploitation de tels documents !

En général pour ce type de public, il leur sera nécessaire voire indispensable d'utiliser une aide technologique - un téléagrandisseur par exemple - pour prendre connaissance d'un document déjà adapté en gros caractères.

3. Les amblyopes qui possèdent les deux outils : braille et "noir".
- Pour certains, seules les représentations graphiques seront adaptées en noir, parce que la prise de connaissance en est plus rapide, le texte s'y rattachant étant en braille. Cette adaptation pourra également venir renforcer une lecture braille déficiente ;
- pour d'autres les représentations graphiques seront représentées en relief et de plus colori-sées si l'utilisateur est à même d'employer ses perceptions des couleurs.

Conclusion

Pour qu'une adaptation remplisse pleinement son rôle, le transcripteur-adaptateur doit impé-rativement se poser les questions essentielles suivantes :
- Pour qui ? (niveau de l'élève, handicap de l'élève, outil de l'élève)
- Comment l'utilisateur va-t-il utiliser l'adaptation, à quelle consigne pédagogique est-elle liée ? (travail avec l'enseignant)
- Quel sera le lieu d'exploitation de l'adaptation ?
avec ou sans un enseignant ?
un enseignant spécialisé ou non ?

Il est également nécessaire, voire indispensable dans la mesure du possible, que le document adapté soit soumis à une lecture par un utilisateur aveugle, afin d'en tester de façon aussi objective que possible la qualité de réalisation.

La difficulté de produire un document accessible à tous, prend alors toute sa dimension. Ce sont me semble-t-il, l'ensemble des paramètres énoncés au cours de bref exposé qui font qu'un do-cument, un livre, bien qu'adapté, sera ou ne sera pas utilisé.

L'intérêt que présente l'accessibilité des livres scolaires via Internet, est que cela soulagerait de façon considérable le travail de frappe ou de numérisation des transcripteurs-adaptateurs spéciali-sés de documents. En effet, même s'il leur revient le travail de mise en place des règles de présenta-tion braille, ces derniers pourraient alors consacrer davantage de temps à la réalisation très spécifique des adaptations détaillées précédemment.

Béatrice Souquet, Janvier 2000

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