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Le livre numérique accessible : réalité et perspectives


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Guillaume DU BOURGUET

BrailleNet, France
guillaume.dubourguet@snv.jussieu.fr

     

Introduction

Au-delà du livre numérique accessible, nous posons la question plus large des ressources numériques qui permettent d'une part la diffusion sous forme électronique mais également l'impression braille, gros caractères ou comme support à un enregistrement audio synchronisé avec le texte.

Depuis que l'informatique est utilisée dans l'édition adaptée, les mêmes étapes techniques doivent être parcourues :

Il y a quinze ans, les aveugles ont été parmi les premiers à s'intéresser au media électronique comme support de lecture. Depuis l'apparition d'Internet puis des assistants personnels, le livre électronique intéresse un public beaucoup plus large.

Nous avons vu précédemment que :

Deux questions se posent en parallèle de ces aspects techniques :

Obtenir les fichiers sources

Auprès des éditeurs

La première idée qui vient à l'esprit est simple : les auteurs et les éditeurs utilisent tous des ordinateurs, il leur est donc possible et facile de fournir des fichiers.

Au début des années 90 cette idée était souvent fausse. Les fichiers finaux étaient dans des formats spécifiques aux imprimeurs et difficiles à récupérer.

Aujourd'hui la situation s'est nettement améliorée. Toutefois, nous faisons toujours face à une grande disparité de formats, de niveau de structuration et de coût de mise à disposition.

On peut notamment distinguer ceux utilisant XML et ceux, beaucoup plus nombreux, utilisant des logiciels de traitement de texte ou de mise en page. Tous les types de documents ne se prêtent pas à l'utilisation du XML et cette situation perdurera. Par contre nous pouvons encourager l'usage de styles, de structure, tout ce qui peut simplifier le travail de balisage précédant l'exploitation d'une ressource numérique.

Dans le cadre du Serveur Hélène[1], BrailleNet a passé des accords avec plusieurs éditeurs pour mettre à disposition des transcripteurs des fichiers sources. En échange les transcripteurs déclarent les impressions effectuées et les éditeurs sont rémunérés. Certains éditeurs sont coopératifs, d’autres ne sont pas hostiles mais tardent à répondre à nos demandes et quelques uns refusent catégoriquement ce mécanisme.

A partir de la version imprimée

La reconnaissance optique de caractères reste la principale source pour obtenir le texte numérisé à partir de la version imprimée. Les performances de ces systèmes se sont notablement améliorées (taux de reconnaissance et temps nécessaire) mais la relecture pour corriger les erreurs restantes est toujours indispensable. Pour certains ouvrages, dont la disposition ou les contrastes empêchent l'utilisation de moyens automatiques, la saisie manuelle est la seule alternative.

Enfin, il existe un "stock" important de fichiers préparés pour l'impression braille en utilisant des dispositifs divers souvent spécifiques à chaque centre de transcription.

Vers un format pivot de l'édition adaptée

Aujourd'hui les formes de diffusion possibles sont multiples selon le handicap et l'utilisation souhaitée :

Pour chacune de ces formes un ou plusieurs formats existent. Le texte est commun mais les manières d'indiquer la structure, les commentaires, les informations de mise en page sont différentes. Chaque format est bien adapté à son usage mais cette multiplicité de format a des inconvénients :

Un format commun intermédiaire pourrait permettre :

Ce format devrait permettre d'ajouter des informations spécifiques pour un usage. Par exemple une description pour une impression braille ou gros caractères peut être différente.

Des outils de conversion permettraient de retrouver les différentes formes utilisées aujourd'hui.

Le format défini par le Consortium DAISY répond à ces attentes, des outils existent déjà, d'autres sont à venir.

BrailleNet, en coopération avec le Consortium DAISY, a développé l'usage de ce format en distinguant trois étapes :

Création d’un fonds d’œuvres au format DAISY

Dans le cadre du projet VICKIE[2] et du Serveur Hélène, nous avons travaillé en relation avec les éditeurs Nathan, Bordas et Infomédia. Ces éditeurs nous ont fourni certains de leurs ouvrages en XML. Le XML se prête relativement bien à des transformations d’un format XML vers un autre. Nous avons ainsi pu créer un premier fonds. Il faut noter que le développement d’une transformation d’un format XML vers un autre prend du temps et demande des compétences informatiques importantes. Cependant, une fois que cette transformation existe elle peut être appliquée à un grand nombre de fichiers s’ils suivent le même format.

Parallèlement nous disposons d’un mécanisme pour obtenir du XML à partir de documents RTF (format notamment utilisée par Word). Ce mécanisme nous permet de convertir vers le format pivot des fichiers d’éditeurs dans d’autres formats que XML et de reprendre des fichiers existants préparés pour une impression braille en utilisant le codage BrailleStar.

Exploitation du format pivot

Quelques outils existent et d’autres sont en cours de développement pour exploiter les fichiers au format DAISY, notamment pour l’impression braille et pour la lecture en ligne.

Pour étendre les possibilités d’utilisation, nous avons développé des transformations pour créer des documents HTML accessibles et à la navigation facile à partir du XML au format DAISY.

D’autres développements sont en cours pour permettre d’exploiter des ouvrages au format DAISY avec d’autres logiciels d’impression en braille.

Figure décrivant les conversions vers et à partir de DTBook

D’autres outils seront nécessaires pour simplifier l’édition, la modification et l’enrichissement des ouvrages existants au format DAISY. Ces développements restent à venir.

Diffusion

L'impression en braille et gros caractères

Comme nous l'avons vu précédemment le format DAISY peut déjà servir à de telles impressions. Des développements futurs devraient encore en améliorer les fonctionnalités.

Les livres audio- numériques

Des outils permettent de générer un livre audionumérique à partir de la version texte en format DAISY. Le son peut être généré à partir d'une synthèse vocale pour tout ou partie du texte. D'autres outils permettent à un lecteur d'enregistrer le livre en lisant le texte sur l'écran et en simplifiant le travail de synchronisation entre le texte et le son.

Le livre numérique

La forme la plus pratique du livre accessible est le livre numérique dans sa version texte :

Cependant cette forme de diffusion, contrairement aux deux précédentes, n'est pas spécifique aux déficients visuels, ou plus généralement aux populations empêchées de lire, mais pourrait être utilisée par tout un chacun. Cette caractéristique inquiète les éditeurs de manière tout à fait compréhensible. Cette diffusion ne peut donc se faire que dans un cadre sécurisé. Nous devons utiliser une gestion des droits numériques ou DRM (Digital Rights Management).

Il s'agit de diffuser un ouvrage à une personne et que cette personne soit la seule à pouvoir le lire. Si une copie est envoyée à d'autres personnes, elle devrait être soit inexploitable soit marquée de manière à pouvoir remonter à l'utilisateur original qui n'avait pas le droit de le faire circuler.

Nous avons naturellement envisagés les solutions de livres électroniques grand public. Malheureusement ces applications fonctionnent mal avec les outils d'accessibilité (plage tactile braille et synthèse vocale) et leurs fonctionnalités en termes de navigation sont parfois insuffisants. Cette situation interdit l'accès à un nombre important d'ouvrages aujourd'hui disponibles pour le grand public en format numérique et ferme la porte à un outil de diffusion déjà sécurisé pour l'édition adaptée.

Aux États-unis, Bookshare.org[4] propose une bibliothèque de livres numérisés par ses propres utilisateurs. La qualité peut être moyenne car peu de contrôles sont faits. Ce site évite de dupliquer le travail long et fastidieux de numérisation d'un livre à partir d'une version imprimée. La loi américaine sur le copyright et un accord avec l'association américaine des éditeurs permet à Bookshare.org de fonctionner en toute légalité. Le mécanisme de protection est basé sur :

  1. l'identification des utilisateurs et leur reconnaissance comme personnes empêchées de lire
  2. la signature d'un contrat
  3. le copyright présent dans chaque ouvrage
  4. l'encryption de l'ouvrage pendant le transfert
  5. la présence d'une empreinte spécifique à chaque utilisateur dans le fichier
  6. une base de données pour suivre les utilisations abusives et remonter à des utilisateurs n'ayant pas respecté les termes du contrat

En France, dans le cade du projet VICKIE et du Serveur Hélène, BrailleNet travaille en coopération avec la société EuroBraille pour mettre au point un protocole d'échanges sécurisé entre le Serveur Hélène et un bloc-notes braille. Ce protocole sera rendu public dès qu'il sera précisément défini et qu'un prototype fonctionnera afin qu'il puisse être implémenté sur d'autres plateformes. Il utilise un mécanisme plus contraignant que celui de Bookshare.org : le fichier est crypté spécifiquement pour une machine et il ne peut être décrypté que sur celle-ci. Cette solution devra être validée par les éditeurs pour nous permettre de l'utiliser en vraie grandeur.

Conclusion

En France, jusqu'à aujourd'hui, il est illégal de distribuer un ouvrage adapté (en braille ou en gros caractères) sans avoir préalablement obtenu l'autorisation auprès des ayants droits. Si cette autorisation est obtenue, il n'est pas obligatoirement autorisé de conserver une source numérique pour permettre une production ultérieure. Dans ces conditions, l'édition adaptée s'est développée en dehors de la légalité : elle n'avait pas le choix.

La diffusion des livres sous forme numérique soulève de nouvelles questions, le même support pouvant être utilisée par tout type de public. Nous devons donc disposer de mécanismes de sécurité technique et juridique qui satisfassent les ayant droits sans rendre impossible ou trop complexes l'accès des ouvrages aux déficients visuels.

Enfin, au-delà de ces questions techniques et juridiques, il faut s'intéresser aux conditions de financement de l'édition adaptée française. Est-il au niveau du travail qu'elle assume déjà ? Est-il suffisant pour lui permettre de relever ces nouveaux défis ?

Références

1. Serveur Hélène
http://www.serveur-helene.org/

2. VICKIE - IST-2001-32678
http://inova.snv.jussieu.fr/vickie/

3. Consortium DAISY
http://www.daisy.org/

4. Bookshare.org
http://ww.bookshare.org/
http://www.bookshare.org/web/SupportAuthorsPublishers.html


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