Vers un label d'accessibilité européen |
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BrailleNet, France
pierre.guillou@snv.jussieu.fr
; Denis.boulay@snv.jussieu.fr ; dominique.burger@snv.jussieu.fr
sylvie.duchateau@snv.jussieu.fr ; yoan.simonian@snv.jussieu.fr ; ctchang@snv.jussieu.fr
A mesure que se développe la société de l'information, les sites Web publics et privés deviennent des points d'accès privilégiés - et parfois uniques - à l'information, l'éducation, la culture et à la consommation de biens et de services.
Dans ce contexte, il est primordial que les sites Web soient consultables par tous et via tous les moyens d'accès, actuels et à venir. En un mot, ils doivent être accessibles.
WAI (Web Accessibility Initiative du W3C) produit depuis 1997 de nombreux documents décrivant les raisons et les méthodes à suivre pour rendre accessible un site Web [1]. Ces recommandations sont reconnues au niveau international et de nombreux organismes notamment européens les utilisent pour évaluer et certifier l'accessibilité des sites Web.
La question qui est posée concerne le respect des recommandations de WAI à la fois par les créateurs de sites mais aussi par les différentes méthodes utilisées d'évaluation de l'accessibilité. A terme, l'accessibilité des sites Web aura-t-elle plusieurs visages ? Que faudrait-il mettre en place pour assurer l'application fidèle des recommandations de WAI et comment procéder ? Telle est la problématique à laquelle cet article répond.
L'association BrailleNet a été créée en 1997 pour
faire d'Internet et des nouvelles technologies un outil au service de l'intégration
culturelle et sociale des personnes handicapées visuelles [2]. Elle regroupe
plus de 50 organismes dont des associations, des établissements d'enseignement,
des organismes de recherche et des sociétés industrielles [3].
Pour réaliser ses objectifs, BrailleNet signe des conventions de partenariat
avec d'autres organismes tels que l'Université Pierre et Marie Curie,
la Bibliothèque Publique d'Information ou la Cité des Sciences
et de l'Industrie.
De plus, pour renforcer et étendre son action, dans le domaine de l'accessibilité
du Web, l'association BrailleNet a constitué un réseau de compétences
appelé BrailleNet-Accessibilité [4]. Ce réseau regroupe
des experts d'organismes publics et privés répartis sur le territoire
français et fonde sa réflexion et ses actions sur les recommandations
internationales de WAI (Web Accessibility Initiative du W3C) [1]. Ces experts
ont été formés et agréés par BrailleNet à
l'évaluation de l'accessibilité des sites Web.
Créée en 1997 par le World Wide Web Consortium (W3C), l'Initiative WAI [1] regroupe aujourd'hui plus de 500 membres. Les membres de WAI sont des organisations issues de l'industrie, des organismes pour personnes handicapées, de la recherche et de gouvernements.
Les actions de WAI pour l'accessibilité du Web se situent dans cinq domaines:
WAI est actif dans le monde entier grâce à des bureaux répartis dans plusieurs pays des 5 continents et par l'action de groupes de travail (Working Groups).
Les actions de WAI en Europe se sont caractérisées notamment par les projets WAI-DE (DE: Disabled and Elderly People) et WAI-DA (DA: Design for All) qui se poursuivent aujourd'hui par le projet WAI-TIES (TIES: Training, Implementation, Evaluation, Support). L'objectif global de ces projets financés par la Commission Européenne est de promouvoir l'accessibilité du Web (En annexe 1: les principaux liens concernant WAI (Web Accessibility Initiative).).
BrailleNet participe au groupe de travail EO (Education and Outreach) et collabore avec WAI comme partenaire de ses projets européens. BrailleNet y a en particulier la responsabilité :
BrailleNet a été consultée par plusieurs organismes d'état
pour l'évaluation et l'amélioration de leurs sites Web. En septembre
et octobre 2001, BrailleNet et son réseau d'experts ont évalué
à la demande de la DIRE (Délégation Interministérielle
à la Réforme de l'Etat) l'accessibilité de 30 sites publics
sur les 2600 existants à l'époque [5]. De nombreux sites privés
comme ceux du journal Le Monde et de l'Encyclopédie Hachette Multimédia
ont également été évalués.
Sur la base d'une méthode déposée (INOVA), BrailleNet et son réseau ont ainsi évalué plus de 300 sites Web depuis 1997. Un guide destiné aux concepteurs de sites Web a été rédigé et fait aujourd'hui référence: "Pour une meilleure accessibilité des sites publics aux personnes handicapées" [6].
En complément, BrailleNet a mis alors en place un ensemble de formations
à l'attention des développeurs et responsables de sites afin que
l'accessibilité soit pris en compte en amont de la création d'un
site. De cette expérience " sur le terrain " est né
le besoin de mettre en place un processus d'évaluation basé sur
les recommandations de WAI et garantissant l'accessibilité d'un site
par l'attribution d'un label.
La demande d'un label de qualité est principalement venue :
Au début de l'année 2003, l'association BrailleNet a lancé officiellement son label de qualité AccessiWeb [7] garantissant l'accessibilité des sites Web.
Le processus d'évaluation repose principalement sur les recommandations de WAI (70 critères issus de WAI) auxquelles BrailleNet a rajouté 28 critères spécifiques qui mesurent en particulier l'ergonomie et la facilité d'utilisation du site.
Pour mettre au point ce processus d'évaluation, BrailleNet a tout d'abord transformé les recommandations WAI en critères puis a développé ses critères propres qui lui apparaissaient comme nécessaires pour garantir l'accessibilité effective des sites sur la base de son expérience.
L'étape suivante est l'appropriation par les responsables de sites publics et privés, des règles définissant le label AccessiWeb. BrailleNet est ainsi en contact permanent avec les différents conseillers technologiques des sites gouvernementaux comme ceux du SIG (Système d'Information du Gouvernement) et de la DIRE (Délégation Interministérielle à la Réforme de l'Etat).
Nous observons que les recommandations de WAI [1] sont de plus en plus citées dans les lois nationales et au niveau européen (En annexe 2: l'accessibilité du Web dans les lois nationales et européennes.).
Par ailleurs, à l'instar de l'action de l'association BrailleNet en France, de nombreux autres organismes dans d'autre pays et notamment en Europe ont développé sur la base des recommandations de WAI des méthodes propres d'évaluation de l'accessibilité de sites et un label de qualité.
Nous pouvons citer par exemple :
Cependant et en dépit de ces différentes actions, les sites publics et privés continuent à ne pas être accessibles dans leur grande majorité. Les problèmes les plus fréquemment rencontrés sont :
Il apparaît alors que si dans la plupart des pays européens des actions sont menées à la fois au niveau législatif mais aussi via le travail d'organismes locaux, aucune coordination entre pays n'existe. Il y a un risque que les efforts faits pour promouvoir l'accessibilité voient en définitive les recommandations de WAI soumises à interprétations, ce qui pourrait aboutir à ce qu'un site soit considéré accessible dans un pays et pas dans les autres.
Un site Web est consultable depuis n'importe quel ordinateur connecté
au réseau. Son accessibilité doit donc être vérifiée
en référence à un jeu de règles uniques. WAI [1]
tient ce rôle: il émet des recommandations internationales et sa
légitimité est reconnue par tous.
En revanche, il n'existe pas d'autorité transnationale qui garantirait de manière indépendante la qualité de services concernant l'accessibilité sur la base des recommandations de WAI et selon une méthodologie unique.
En fait, un certain nombre de besoins s'expriment aujourd'hui:
1. Mettre en place un réseau de coopération au niveau européen:
ce réseau n'existe pas aujourd'hui; il est pourtant la première
étape nécessaire permettant la rencontre entre experts de différents
pays dans un mouvement de travail collaboratif.
2. Créer un réseau d'échanges et de bonnes pratiques: aucune
structure d'échanges d'informations (par des groupes de travail, par
l'organisation d'ateliers, par un site Web de travail collaboratif, …) ne permet
aujourd'hui aux experts de différents pays de partager leurs expériences
d'évaluation et de certification. Sur la base du réseau de coopération
européen, les échanges devraient être structurés
afin de partager les expériences et les meilleures pratiques.
3. Unifier les méthodes d'évaluation et de certification. Il s'agit en priorité de rassembler les différentes méthodes utilisées pour l'évaluation et la certification de l'accessibilité des sites Web
4. Construire un réseau de guichets régionaux: à qui s'adresser dans son pays pour obtenir des informations sur l'accessibilité ? Comment obtenir la liste des prestataires agréés ? Comment faire confiance à la méthode utilisée par tel ou tel prestataire ? Les organismes membres du réseau européen pourraient devenir au niveau régional ou national, les guichets de l'accessibilité du Web.
5. Développer un ensemble de services d'accessibilité: pour augmenter le nombre de sites accessibles, il est important de diversifier les services concernant l'accessibilité (conseil, formation, évaluation, certification, ..) sur la base d'une méthodologie commune.
6. Créer un label de qualité basé sur des règles communes: un label unique témoigne de méthodes communes. C'est un gage de qualité et de confiance. Suivant un processus de certification, ce label viendrait garantir les services concernant l'accessibilité.
7. Etablir une autorité européenne de certification: afin de coordonner les guichets régionaux et d'harmoniser les informations et services qu'ils proposent, une autorité européenne est nécessaire.
Cette analyse des besoins marque l'urgence de travailler en coopération
transnationale. Elle nous éclaire aussi sur les étapes à
suivre pour construire une autorité européenne de certification
de l'accessibilité du Web en coopération avec WAI et sur la base
de ses recommandations.
Quel objectif peut rassembler les acteurs de l'accessibilité du Web venant de pays différents, appartenant à des organismes de natures différentes et impliqués à des niveaux différents ? Le concept de label unique est porteur de cette unité.
Un label n'est pas seulement un logo de qualité. Il désigne en fait l'ensemble de la méthodologie sur laquelle le logo est attribué. L'effort porte bien sur la méthode qui elle-même se base sur un jeu de règles.
Pour porter ce label (dans sa phase de conception mais aussi d'exploitation), il est nécessaire de créer un consortium à but non lucratif qui sera le lieu d'échanges des bonnes pratiques puis d'unification des méthodes d'évaluation et de certification. Ce consortium pourra alors proposer des services sur l'accessibilité certainement avant 2005.
Nous pouvons d'ailleurs remarquer que la Commission Européenne a récemment
porté de l'intérêt dans une de ses résolutions au
concept de label eAccessibility pour les biens et les services qui respecterait
les standards de l'accessibilité du Web [11].
Afin de créer ce consortium et parce que l'initiative vient d'organisations européennes, la première étape du projet consiste à réunir les acteurs européens de l'accessibilité du Web (En annexe 3: les acteurs du projet EuroAccessibility (Avril 2003).).
Un document (Memorandum of Understanding) officialisant la création de ce réseau européen est signé entre toutes les organisations participantes à la Cité des Sciences de la Villette (Paris, France) en ouverture du colloque BrailleNet "Nouvelles Technologies pour une Société plus Accessible" le 28 avril 2003.
L'ensemble de ces organismes seront dès lors porteurs du projet appelé EuroAccessibility dont l'objectif principal sera de créer une autorité européenne de certification de l'accessibilité du Web sur la base des recommandations de W3C/WAI.
Les organisations se répartiront en groupes de travail chargés d'unifier les méthodologies et dont les travaux serviront à la constitution d'une proposition qui sera soumise à la Commission Européenne dans le cadre de l'Appel à Proposition du 6ième Plan.
Ce financement européen permettrait d'accélérer la création du Consortium et d'assurer en partie son fonctionnement. Il s'inscrirait dans la volonté affichée par la Commission Européenne dans les plans eEurope 2002 et eEurope 2005 [12] d'une société de l'information pour tous.
Le Consortium du World Wide Web (W3C), dans son rôle de standardisation du Web, émet des recommandations internationales concernant l'accessibilité des sites.
Cette action est menée par l'Initiative d'Accessibilité du Web (W3C-WAI) depuis 1997 et de nombreux documents détaillent aujourd'hui les raisons et les méthodes à suivre pour rendre accessible un site Web.
Comme l'association BrailleNet, de nombreux organismes dans différents pays et notamment en Europe évaluent et certifient aujourd'hui des sites Web sur la base de ces recommandations. Différents labels sont ainsi délivrés suivant des processus similaires mais cependant non unifiés.
C'est pourquoi, afin d'harmoniser leurs actions respectives et renforcer ainsi l'application des recommandations de WAI, plusieurs organismes de différents pays se sont concertés pour créer un Consortium Européen de certification l'Accessibilité du Web. Une de ses missions principales est la création d'un label Européen garantissant l'accessibilité des sites Web sur la base d'une méthode d'évaluation et de certification commune.
C'est la réponse opérationnelle qui va garantir l'application fidèle des recommandations de WAI et permettre ainsi un plus grand nombre de sites accessibles.
[1]: WAI, http://www.w3.org/WAI
[2]: BrailleNet, http://www.braillenet.org
[3]: Membres de BrailleNet, http://www.braillenet.org/association/membres.htm
[4]: Réseau BrailleNet-Accessibilité, http://www.braillenet.org/accessibilite/reseau/partenaires.htm
[5]: Sites évalués en 2001 (DIRE: Délégation Interministérielle
à la Réforme de l'Etat),
http://www.braillenet.org/accessibilite/reseau/30sites.htm
[6]: Le guide BrailleNet destiné aux concepteurs de sites :
"Pour une meilleure accessibilité des sites publics aux personnes
handicapées":
http://www.fonction-publique.gouv.fr/communications/guides/Braillenet.zip
[7]: Label AccessiWeb, http://www.accessiweb.org
[8]: Label "See it Right", http://www.rnib.org.uk/digital/siraccess/
[9]: Label "Blindsurfer", http://www.blindenzorglichtenliefde.be/bs/bsindex.htm
[10]: Méthode de certification "Design for All", http://www.design4all.org/
[11]: Une résolution de la Commission européenne parlant de "eAccessibility mark" page 13 (Bruxelles, le 6 février 2003), http://ue.eu.int/pressData/en/educ/74435.pdf
[12]: Le plan d'action E-Europe 2002
http://europa.eu.int/information_society/eeurope/news_library/pdf_files/communication_accessibility_fr.doc
Le plan d'action E-Europe 2005
http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/cnc/2002/com2002_0263fr01.pdf
La circulaire du 7 octobre 1999 relative aux sites Internet publics, stipule
dans le paragraphe 2.1.2 Accessibilité que "les responsables des sites veilleront tout particulièrement à favoriser l'accessibilité de l'information à tous les internautes, notamment les personnes handicapées,
non voyantes, malvoyantes ou malentendantes".
http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/circu071099.htm
Le projet de loi sur la Société de l'Information du 13 juin 2001,
stipule dans le Titre Ier- De l'accès à l'information, article
3 qu'il "autorise le pouvoir réglementaire à imposer aux
services en ligne qui diffusent des données publiques le respect de normes
d'accessibilité aux personnes atteintes d'un handicap visuel".
http://www.internet.gouv.fr/francais/textesref/pagsi2/lsi.htm
Le plan d'action E-Europe 2002 oblige
les sites Web publics des états membres à être accessibles
aux handicapés.
http://europa.eu.int/information_society/eeurope/news_library/pdf_files/communication_accessibility_fr.doc
Le plan d'action E-Europe 2005 confirme l'adoption des recommandations de WAI
pour l'accessibilité des sites Web.
http://europa.eu.int/eur-lex/fr/com/cnc/2002/com2002_0263fr01.pdf
http://europa.eu.int/information_society/eeurope/news_library/eeurope2005/index_en.htm