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Article de Libération |
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Edmond F. KOUKA |
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Pour les handicapés visuels, l'accès aux nouvelles reste problématique. Ouvrir l'information aux malvoyantsRecueilli par Nidam Abdi
0rganisée mardi par l'association BrailleNet et la Cité des sciences de la Villette, la journée thématique «Les enjeux d'Internet pour les personnes handicapées visuelles» a démontré les insuffisances françaises. Les concepteurs de sites publics et privés en France sont considérés, par les malvoyants, comme mauvais élèves et manquant de civisme. L'absence de législation sur le sujet ne les incite d'ailleurs pas à faire davantage d'efforts. Même si plusieurs établissements scolaires intégrant des enfants handicapés visuels sont équipés de l'Internet, la majorité des malvoyants trouve encore de grandes difficultés à surfer sans encombre. Principalement en raison de la complication des interfaces graphiques dans les logiciels, qui perturbe et fatigue le malvoyant dans sa lecture. Deux handicapés visuels et un chercheur résument ces difficultés. «Des logiciels d'accès très complexes» «A l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), pour tester l'accessibilité des sites, deux à trois personnes handicapées visuelles passent leur temps à aller sur l'Internet, utilisant un navigateur non visuel, comme une sorte de braille (1). Chaque fois qu'elles rencontrent un problème, elles envoient un e-mail aux concepteurs du site ou du moteur de recherches. Aux Etats-Unis, il y a des organismes qui attribuent un certificat à tous les sites accessibles aux handicapés visuels. Mais pas en France. Il existe des logiciels d'accès destinés aux handicapés visuels, mais leur utilisation nécessite une longue formation au produit lui-même. L'autre difficulté vient des concepteurs. Ils créent des sites visuellement très accessibles, très jolis, mais, au niveau sémantique, les handicapés visuels ne peuvent pas accéder à l'information. Souvent il y a des petits oublis, comme l'absence de commentaire des images sur une page. Sinon, pour faire beau, on utilise des rafraîchissements d'écran toutes les cinq minutes, et cela perturbe la lecture des documents par les handicapés visuels.» «Trop de fenêtres, trop d'icônes» «Les personnes qui ont des problèmes de vue utilisent les moyens informatiques depuis longtemps. Au début, il y avait un codage des lettres alphabétiques qui permettait de se référer à un système de lecture en braille. On a mis en place des outils périphériques afin de pouvoir naviguer et avoir accès aux contenus écrits. «Mais la floraison de logiciels très graphiques met des obstacles sur la route des malvoyants qui veulent atteindre l'information textuelle. Quand on arrive sur le Web, avec ses océans immenses d'informations excessivement variées, il faut d'abord ouvrir x fenêtres se présentant sous forme d'icônes. On est alors confronté à de grandes difficultés. C'est pourquoi nous avons demandé à des universitaires qui travaillent dans les projets d'accessibilité au Web de promouvoir des solutions pratiques: soit des index sommaires, soit des descriptions simples de la fonction de l'image. Des petites choses qui nous faciliteraient la vie pour connaître les propositions des sites et, ensuite, pour naviguer.» «Pas de lecture possible des images»
«Sur Internet, il y a souvent des images sans commentaires, ou simplement un nom de fichier. Pour nous, c'est un lien vers l'inconnu, alors que la personne voyante sait déjà quelle page elle va découvrir. Notre problème, c'est que les logiciels qui traduisent à l'écran ne peuvent pas encore interpréter ni décrire une image. Il faut que les éléments soient du texte pour pouvoir être affichés en braille. Aux Etats-Unis, il existe des sites qui proposent une version en texte avec une mise en lien pour les gens qui ne lisent pas les images. En France, on n'est pas encore sensibilisé à ça. «J'ai dû envoyer une trentaine d'e-mails, je n'ai obtenu qu'une quinzaine de réponses. Parfois, on retourne sur le site quelques mois après, et rien n'a changé. On veut demander au Premier ministre que soient établies des règles de conception, au moins pour le service public. Car aujourd'hui, tous les sites du gouvernement sont difficilement accessibles. En surfant, je découvre des sites web qui étaient très faciles et qui ne le sont plus. Pendant longtemps, il était très agréable de naviguer sur le site de Libération. Il y a peu, vous avez voulu faire très beau, et c'est devenu moins accessible pour nous. Il y a aussi des sites web qui ne sont pas abordables, on leur envoie des e-mails et ils font un effort. Il y a tellement de sites sur Internet qu'on n'est pas au bout de nos peines.». (1) L'Inserm a ainsi mis au point un site et un logiciel de navigation à destination des malvoyants qu'on utilise avec un terminal conçu par l'entreprise Eurobraille: un clavier composé de touches de fonction classiques et d'une plage tactile à picots, où les textes sont lisibles en braille. Grâce au logiciel, la plage de picots émet une légère vibration quand l'utilisateur se trouve sur un lien hypertexte. |
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