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Le Web en Braille

Olivier Zilbertin

Le Monde Interactif du mercredi 17 février 1999

Internet reste souvent difficile d'accès pour les aveugles

Rendre un site accessible

EN AMÉRIQUE du Nord, l'accès pour tous à l'information publique est un droit. Une législation contraignante conduit les fournisseurs de contenu à construire leurs sites selon les indications du WAI (Web Accessibility Initiative), structure fille du W3C (World Wide Web Consortium, groupe industriel international destiné à coordonner le développement du Web) dans le but de promouvoir l'accessibilité à la Toile. Ces recommandations sont disponibles en français sur le site de BrailleNet. Ce sont des règles simples, qui ne modifient en rien l'apparence du site pour les voyants, mais simplifie la consultation des aveugles : intégrer un commentaire aux éléments visuels, traiter séparément la forme et le fond du document, créer des liens clairs et concis, éviter les tableaux, prévoir une transcription textuelle des informations audio et vidéo, etc.

Sur la Toile:

Ministère de l'éducation nationale

Le 10, Downing Street de Tony Blair

Web Accessibility Initiative

BrailleNet

 

Lire également:

Julien Prunet, journaliste à France-Info, non-voyant
"C'est aux associations représentant les déficients visuels et aux constructeurs de matériels spécialisés de se mobiliser pour faire évoluer les mentalités"

APPELONS cela, avec Joël de Rosnay, l'«ergonomie intellectuelle». Une notion un peu abstraite, certes. Mais c'est pourtant bien là que le bât blesse, dès que l'on évoque l'accessibilité au Web pour les personnes mal ou non voyantes, thème d'une journée d'études organisée le 9 février par l'association BrailleNet et la Cité des sciences et de l'industrie de La Villette. L'occasion de souligner ce paradoxe : la technologie existe, elle est au point, en constante progression pour permettre aux aveugles de consulter le Web, et pourtant le Réseau devient chaque jour un peu moins abordable pour les handicapés visuels.

Le problème est ailleurs. Dans la conception même des sites. Ainsi une page d'accueil un peu sophistiquée, une arborescence un peu complexe, le recours à de trop nombreuses informations graphiques, l'ignorance simple de quelques règles de base, peuvent constituer des «sites Carcassonne», infranchissables, ainsi que les appelle joliment Dominique Archambault, maître de conférences à l'université du Havre et chercheur associé à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). En dépit d'outils toujours mieux adaptés : navigateurs spécifiques, qui traduisent le code html en informations textuelles ; synthèse vocale puissante ; afficheurs en braille - sortes de petites consoles constituées de picots, qui «clignotent» pour indiquer des liens hypertextes et permettent d'afficher ainsi des lignes de 20, 40 ou 80 caractères. Un périphérique encore coûteux (entre 40 000 et 60 000 francs ou 6 000 et 9 146 euros) mais dont l'usage permet des prouesses assez surprenantes. Pour peu, du moins, que les sites consultés ne cèdent pas à la mode du tout-graphique.

Une tendance qui n'est pas en passe de s'inverser. «Au contraire, précise Dominique Archambault, on constate que les sites deviennent de moins en moins accessibles aux handicapés visuels.» Avec une équipe de l'Inserm, il s'est livré à l'analyse d'une centaine de sites francophones ou internationaux au cours des mois de novembre et décembre derniers et du premier mois de 1999. Pour aboutir à cette triste constatation : un quart seulement d'entre eux sont «correctement» accessibles, «c'est-à-dire permettent d'aller à l'essentiel relativement rapidement» ; un autre quart restent, pour un aveugle, totalement hermétiques à toute incursion ; 50 % enfin sont «partiellement accessibles». «Il faut également savoir, ajoute le chercheur de l'Inserm, que, dans la plupart des cas, les sites accessibles sont ceux qui présentent un ‘design’ à l'ancienne, sans fioritures. Hélas !, un jour où l'autre ils changent, adoptent une charte graphique plus sophistiquée, et deviennent inadaptés.»

Montré du doigt, le site du ministère de l'éducation nationale. Alors que le contenu est particulièrement riche, sa page d'accueil, qui utilise des cadres, et l'absence de commentaires textuels associés aux images le transforment en un inextricable labyrinthe. A l'inverse, le site du premier ministre britannique Tony Blair est exemplaire : à la suite de démarches de l'Institut royal pour les aveugles, le Number-ten se décline depuis l'été en deux versions, dont une est destinée aux aveugles et détecte automatiquement les navigateurs spécifiques. Un fossé qui souligne aussi le chemin qu'il reste à parcourir en France. Le travail des chercheurs de l'Inserm et de tous les autres n'est cependant pas vain : le Sénat a promis de modifier prochainement son site pour le rendre accessible à tous.

Dossier complet dans le supplément Nouvelles Technologies du Monde
[ Autonomie restaurée par ordinateur ]

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