Compte rendu des Rencontres nationales du livre numérique accessible 2020

Une centaine de personnes travaillant dans la filière du livre se sont rendues à Villeurbanne pour cette nouvelle édition des Rencontres nationales du livre numérique accessible

Nathalie Marcerou-Ramel, directrice de l’Enssib, Laurent Bonzon directeur d’Auvergne-Rhône-Alpes Livre et lecture et le président de BrailleNet, Bruno Marmol, ont ouvert la journée avant de donner la parole au comité de programme.

Quoi de neuf en 2019 ?

Luc Audrain (Hachette Livre), Françoise Fontaine-Martinelli (Commission AccessibilitéS – ABF), Nicolas Eglin (Centre Technique Régional pour la Déficience Visuelle), Alex Bernier (BrailleNet)

@LeCNL

Les membres du comité de programme ont présenté les principaux évènements et évolutions en matière d’accès au livre numérique qui ont marqué l’année 2019.

  • 17 janvier : BrailleNet, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et lecture et l’Enssib organisent les Rencontres nationales du livre numérique accessible.
  • Avril : publication du 3e baromètre de l’accessibilité numérique en lecture publique.
  • 17 avril : “Politique d’accessibilité des contenus et des interfaces pour les publics empêchés » devient l’un des 44 critères d’exemplarité en vue de financements de projets par le Fonds national pour la science ouverte.
  • 23 avril : Publication de EPUBCheck 4.2 qui valide la conformité d’un document EPUB et supporte maintenant la version 3.2 du standard.
  • 8 mai : Publication de la spécification EPUB 3.2, aboutissement de la spécification réalisée par l’EPUB 3 Community Group au sein du W3C.
  • 14 mai : Rencontre entre la European Federation of Publishers, la European Blind Union et le European Disability Forum.
  • 22 mai : Dans le cadre de la mise en œuvre du plan stratégique du comité de pilotage interministériel pour le développement d’une offre de livres numériques accessibles : réunion de l’ensemble des libraires numériques, avec la présence d’Amazon.
  • 5 juin : La création de la commission AccessibilitéS rassemblant les commissions Accessibib, Hôpitaux Prisons et Illettrisme, a été votée lors du conseil national.
  • 7 juin : Publication de la Directive Européenne Accessibilité au journal officiel.
  • 25-26 Juin : EDRLab organise DPub Summit :
    • Session 7 UE initiatives & Accessibility
    • Session 8 Accessible software
  • 11 juillet : La loi C-81 visant à faire du Canada un pays exempt d’obstacles a reçu l’approbation royale le 21 juin, et est entrée en vigueur.
  • 23 juillet : Ace devient disponible sous forme d’une application.
  • 5 août : Mise en place sur PLATON de la possibilité de déposer des documents adaptés par flux, afin de favoriser la mutualisation des livres adaptés.
  • 2 septembre : La Fondation LIA publication de « e-books for all »
  • 2 septembre : Plus de 200 titres accessibles aux dys sont désormais disponibles sur SONDO, la bibliothèque numérique pour les collèges réalisée par MOBiDYS.
  • 16 septembre : La quatrième version du référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA, anciennement référentiel général d’accessibilité des administrations) est publiée.
  • 18 septembre : Rencontre avec Andrew Kirkpatrick d’Adobe en vue d’une amélioration de l’export EPUB3 dans InDesign.
  • 23 septembre : Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre, signe la charte ABC (Accessible Books Consortium).
  • Octobre : création d’une liste de diffusion Bibliothèques accessibles.
  • 1er octobre : Dans le cadre de la 13e Journée nationale des dys, l’événement « L’accès au livre et à la lecture pour les publics Dys » est organisé à la Bibliothèque publique d’information à Paris.
  • 4 octobre : la nouvelle Zélande ratifie le traité de Marrakech. C’est le 60ème État à le faire; le traité de Marrakech est désormais applicable dans 87 pays (l’UE l’ayant ratifié pour tous ses membres).
  • 10 octobre : EDRLab publie Thorium Reader V1.0.5, application de lecture d’EPUB simple et accessible, basé sur Readium SDK.
  • 10 octobre : L’association APAJH 44 lance LILAB, son appli-bibliothèque de livres au format FROG, adaptés aux lecteurs dys, pour une utilisation avec les professionnels en séance et à la maison. Une réalisation de MOBiDYS. Voir vidéo RMC et article sur le site de l’APAJH.
  • 18 octobre : A l’ occasion de la Foire du Livre de Francfort, une réunion a été organisée par la Fédération des Éditeurs Européens (FEP) et la Fondation Libri Italiani Accessibili (LIA), avec la présence du Canada, du consortium DAISY et de Amazon.
  • 28-30 octobre: Réunion du conseil d’administration du consortium DAISY, à Palo Alto en Californie où les acteurs de l’édition adaptée membre du consortium ont pu échanger avec les grand acteurs de la « big tech » à propos d’accessibilité.
  • 5 novembre : Assises du livre numérique, conférence thématique assurée par le groupe N&S sur Accessibilité, 200 participants.
  • 21 novembre : première réunion du GT interministériel Bibliothèques accessibles.
  • Décembre : EPUB Accessibility et LCP  l’ISO : stade DIS, EDRLab et SNE à travers l’AFNOR.
  • 12 décembre : Inscription de la 70ème entité autorisée au Global Book Service, plateforme de mutualisation de livres adaptés à l’échelle internationale gérée par l’OMPI. 

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Présentation de la ressource “l’Accessibilité numérique par étapes” pour les professionnels du livre

Priscille Legros et Alizé Buisse, Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture

@enssib

Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture propose une ressource à destination de l’ensemble des professionnels du livre pour s’informer ou perfectionner ses connaissances en matière d’accessibilité numérique. 7 pages pour poser ou reprendre les bases de l’accessibilité numérique et permettre de créer des sites, des ressources et des contenus perceptibles, utilisables et compréhensibles par tous.

Au sommaire

  • Rappels généraux : l’accessibilité numérique, kézako ?
  • Formats et pratiques pour concevoir des documents numériques accessibles
    • livres et documents
    • sites web et applications
    • écrire un texte de manière accessible
  • Ressources pour développer des projets d’accessibilité numérique et présentation d’initiatives en Auvergne-Rhône-Alpes
  • Stratégie nationale
    • plan stratégique interministériel pour le développement d’une offre de livres numériques accessibles
    • l’exception au droit d’auteur en faveur des personnes en situation de handicap
  • L’accessibilité numérique, un atout pour vos projets !

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Présentation des actions publiques pour favoriser une offre de livres numériques accessibles

@LeCNL

Les actions mises en œuvre par le ministère de la Culture pour développer l’accessibilité en bibliothèque

Thierry Claerr, Chef du bureau de la lecture publique, Service du Livre et de la Lecture, Ministère de la Culture.

Thierry Claerr a présenté les actions entreprises par le ministère de la Culture pour améliorer l’accueil en bibliothèque publique des personnes empêchées de lire du fait d’un trouble ou d’un handicap. Le ministère apporte son soutien au développement de l’accessibilité en lien avec la Mission Lecture & Handicap de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) et la commission AccessibilitéS de l’Association des bibliothécaires de France (ABF).

Les actions comprennent :

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La politique du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en matière d’accessibilité du livre et des bibliothèques

Claire Josserand, Conservateur des bibliothèques, Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

Depuis la loi du 11 février 2005, le ministère en charge de l’enseignement supérieur a accompagné la mise en place et le développement d’actions en faveur des étudiants en situation de handicap dans les établissements d’enseignement.

Services d’appui et de ressources, les bibliothèques universitaires ont un rôle important dans la formation et dans l’intégration des étudiants. Les étudiants en situation de handicap doivent bénéficier de la même qualité de service que tout autre usager.

En 2013 le schéma directeur (document cadre qui permet d’inscrire dans la durée les actions relatives aux étudiants et aux personnels en situation de handicap et de favoriser l’engagement de l’université) a été mis en place avec quatre objectifs principaux :

  • consolider les dispositifs d’accueil et d’accompagnement des étudiants handicapés vers l’insertion professionnelle ;
  • développer des politiques de ressources humaines à l’égard des personnes handicapées ;
  • améliorer la cohérence et la lisibilité des formations et des actions de recherches dans le domaine du handicap ;
  • développer l’accessibilité des services offerts par les établissements et notamment les services numériques.

Pour mener à bien ces actions, deux enquêtes annuelles sont menées auprès des étudiants en situation de handicap qui suivent leur formation dans les établissements d’enseignement supérieur sous tutelle du MESRI afin de mieux connaître les bénéficiaires.

En 2018-2019, 35 000 étudiants déclarés en situation de handicap sont recensés (1,6 % de la population estudiantine totale) chiffre en évolution continue. Aujourd’hui les situations de handicap les plus fréquentes sont liées à des TLP, à des troubles moteurs, à des troubles psychiques et à des maladies invalidantes. En conséquence les mesures d’accompagnement doivent s’adapter aussi bien à l’augmentation importante des effectifs qu’à la prise en compte de la diversité des étudiants accompagnés. 85% de ces étudiants bénéficient aujourd’hui d’un PAEH qui comporte 3 types d’aides : des aides humaines, des aides techniques, et des aménagements du cursus.

Suite au rapport des inspections (IGAS, IGAC, IGAENR) sur l’exception handicap au droit d’auteur en 2016, le ministère travaille à l’élaboration d’un plan d’actions visant à former les professionnels de la documentation et à inciter davantage de bibliothèques de l’enseignement supérieur à entrer dans ce dispositif permettant une adaptation des documents. L’objectif est de faire en sorte que 100% des bibliothèques universitaires soient habilités.

Priorité nationale, l’accueil des personnes handicapées en bibliothèques de lecture publique ou universitaires, fait l’objet d’une attention particulière de la part du ministère de la Culture (Direction générale des médias et des industries culturelles, Service du livre et de la lecture) et du ministère de l’Enseignement supérieur, de l’innovation et de la recherche (Département de l’Information Scientifique et Technique et Réseau Documentaire). Il a semblé nécessaire de regrouper l’ensemble de ces actions relatives à l’accessibilité des ressources documentaires au sein de ce groupe de travail afin de réunir l’ensemble des acteurs concernés et mettre en place des actions de formation, de sensibilisation et de favoriser la diffusion des bonnes pratiques.

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Le Dispositif d’aide au développement de la lecture en direction des publics empêchés de lire et les évolutions du règlement de l’aide en 2020

Marie Grimaud, instructrice au pôle bibliothèque et responsable de la bibliothèque de référence du Centre national du livre

Depuis la mise en place du dispositif d’aide au développement de la lecture en direction des publics empêchés, 96 dossiers ont été déposés, dont 70 en direction des publics en situation de handicap. Marie Grimaud a présenté les principales modalités du dispositif :

  • Publics cibles : les personnes en situation de handicap, hospitalisées, en situation de dépendance, placées sous-main de justice.
  • Organismes éligibles : bibliothèques de lecture publique ; réseaux de bibliothèques ; associations.
  • Budget minimum du projet présenté : 1 500€
  • Montants susceptibles d’être accordés : de 450 € minimum à 50 000 € maximum
  • Durée : 18 mois

Date limite de dépôt des dossiers 2020 :

  • le 26/03/2020 pour la commission qui se réunira le 25/05/2020
  • le 18/06/2020 pour la commission qui se réunira le 24/09/2020

Actions soutenues :

  • Acquisition de collections documentaires ;
  • Acquisitions d’outils de lecture ;
  • Actions de médiation autour du livre et de la lecture ;
  • Actions de formation et de sensibilisation.

Un portail de demande d’aide dématérialisée a été mis en place. Toute structure qui souhaite soumettre une demande doit suivre les étapes suivantes :

  1. Le candidat crée un compte ;
  2. Le candidat décrit son projet (public cible, partenaires, équipe, actions, achats, médiation) ;
  3. Le dossier est soumis à l’équipe du CNL ;
  4. L’équipe du CNL vérifie si le dossier est complet et éligible avant de l’inscrire en commission ;
  5. Le dossier et étudié par les membres de la commission et les avis sont soumis au Président du CNL pour validation ;
  6. Les réponses sont envoyées via les espaces personnels.

Le dispositif soutien beaucoup de premières demandes et de petits projets et a été très bien pris en main par la pénitentiaire. Il y a une augmentation du nombre des bibliothèques municipales qui viennent proposer des projets à destination des publics empêchés et des petites collectivités qui arrivent à rayonner sur leur territoire à travers des actions développées dans leurs bibliothèques. Des études de cas seront mises en ligne à partir de février pour aider les nouveaux porteurs de projet à se lancer.

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La notion de lisibilité

@LeCNL

Considérations générales sur la lisibilité

Adeline Richez, directrice de l’agence Adéquat

Adeline Richez a proposé une introduction à la notion de la lisibilité, sujet abordé tous les jours dans la mise en place de documents lisibles et accessibles.

La lisibilité est l’aptitude d’un texte à être lu rapidement, compris aisément et bien mémorisé. L’anglais utilise deux concepts pour évoquer la lisibilité.

  • Legibility : Aisance de la lecture. Typographie, mise en page.
  • Readability : Facilité de compréhension. Style, clarté des textes, simplicité.

La lisibilité concerne tout le monde : c’est essentiel pour 10% de la population (personnes déficientes visuelles, personnes âgées, personnes porteuses de troubles dys, etc.), nécessaire pour 40% de la population, et confortable pour 100% de la population.

Il existe deux types de lectures : la lecture continue (articles, livres) qui demande attention et concentration et la lecture sélective pour trouver rapidement une information (site web et réseaux sociaux, signalétique, dictionnaire).

Le numérique rend possible une grande flexibilité en permettant à l’utilisateur de choisir la police, la taille, les couleurs…. La lecture sur écran est 6 à 10% plus lente que la lecture sur support imprimé.

Points de vigilance :

  • Format : préférer des polices avec serif et linéales aux polices calligraphiques et fantaisie.
  • Taille : 14 point en impression et 16 à 18 en (unités relatives) pour le numérique (18 ou 20 pour les personnes âgées). Éviter le texte en majuscule.
  • Effets : limiter le soulignement, le condensé, les contours, les dégradés et les italiques.
  • Interlettrage et interlignage : minimum 150% de la taille de la police
  • Contraste texte / fond : au moins 70%
  • Fond : le blanc peut être trop lumineux et provoquer une fatigue visuelle. Les fonds illustrés, dégradés nuisent à la lisibilité.
  • Syntaxe : attention à la longueur des phrases et à la longueur des paragraphes.
  • Structuration : utiliser des titres et sous-titres structurants, des listes à puces, des pictogrammes ou images, des encarts de couleur et une cohérence graphique (ne pas multiplier les typos).

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Luciole, une police de caractères pour la déficience visuelle

Laurent Bourcellier, Jonathan Fabreguettes (studio typographies.fr), Dr Anna Galiano (laboratoire DIPHE)

L’équipe du projet est partie d’un constat : les caractères utilisés aujourd’hui dans le domaine de la déficience visuelle sont paradoxalement peu adaptés aux malvoyants.

La police Arial, très souvent employée, a des contre formes fermées, un faible espacement et peu de différenciation entre les lettres et chiffres Il1. Ce serait donc plutôt un caractère à éviter pour les textes destinés aux déficients visuels.

L’objectif était de créer un caractère typographique qui réponde aux contraintes spécifiques du domaine de la déficience visuelle, qui soit simple d’utilisation et gratuit.

L’équipe projet était composée de représentants du secteur médical, de l’édition adaptée, du design typographique et de la recherche.

Contraintes de design : linéale, contre formes ouvertes, plus d’espacement, différenciation, moins d’encombrement, plus de diacritiques, plus d’épaisseur, moins de modulation.

Contraintes d’utilisation : gratuit avec une licence simple, production de fichiers nécessaires et mise en place d’un contraste Bold, prise en charge de caractères mathématiques et de tous les caractères dont un élève peut avoir besoin jusqu’au baccalauréat.

L’objectif de départ était d’améliorer la lecture pour une proportion significative d’élèves malvoyants avec 20% de satisfaction visé. Aujourd’hui, 80% des élèves malvoyants interrogés préfèrent Luciole à d’autres caractères, notamment par rapport à Arial.

Le bilan ophtalmologique donne également des bons retours pour Luciole. Des éditeurs, comme Mes Mains en Or et Les Doigts Qui Rêvent ont également adopté le caractère et s’en estiment satisfaits.

La police est compatible avec des applications de traitement de texte sur Mac et PC et la majorité des liseuses. Pour télécharger la police et échanger avec leurs concepteurs : https://www.luciole-vision.com

Afin d’évaluer si la police Luciole arrive à atteindre ses objectifs, un processus de validation scientifique en deux étapes a été mis en place par Dr Galiano du laboratoire DIPHE de l’université Lyon 2 :

  • Phase 1 : Participation à un groupe d’experts impliqué dans la conception de la police.

La police Luciole avec et sans sérif a été soumise à des enfants avec et sans handicap visuel, d’un niveau de lecture allant du CP au lycée. En parallèle un groupe de lecteurs experts composé d’adultes a été mobilisé.

Un protocole de recherche a été construit, avec un travail sur les bruits visuels chez l’enfant tout venant, chez l’enfant dyslexique, et chez l’enfant atteint de troubles de basse vision.

  • Phase 2 : Validation de son efficacité

Les groupes de travail ont lu des textes sur un support imprimé, et ensuite des “pseudo-mots” sur écran. 6 polices ont été comparées : Luciole, Arial, Verdana, Eido (DMLA), Frutiger et Open dyslexic. Des critères subjectifs (confort) et objectifs (taux d’erreur, compréhension, vitesse de lecture) ont été utilisés.

Présentation du projet « EPUB et Dyslexie »

Luc Maumet, EDRLab

EDRLab est un laboratoire international d’étude et de recherche qui œuvre pour le déploiement d’un écosystème de l’édition ouverte, interopérable et accessible.

Dans le cadre des ses travaux pour promouvoir l’édition nativement accessible en Europe, EDRLab a réalisé une première étude en 2017-2018 sur l’adaptation de textes pour faciliter l’accès à l’écrit des personnes dyslexiques. Cette étude a permis de dresser une cartographie des solutions numériques disponibles.

En 2018-2019 des actions ont été menées dans l’objectif de rendre accessibles les solutions de lecture numérique Readium pour les personnes dyslexiques. Cela consiste à introduire des fonctionnalités dans les logiciels Readium Desktop, Readium Mobile et Readium Web et de faire valider ces fonctionnalités par des experts de l’accès à l’écrit des personnes dyslexiques en Europe.

En l’absence de recommandations universellement acceptées sur les fonctionnalités utiles aux personnes dyslexiques lors de la consultation d’un texte numérique, EDRLab a dressé une liste de 15 fonctionnalités (3 niveaux de priorités). Ces fonctionnalités ont été présentées à des experts de 14 pays européens différents pour validation et sont actuellement en cours d’implémentation dans Readium Desktop, Readium Mobile et Readium Web.

Luc a conclu en présentant Thorium Reader (v 1.1.1), un lecteur développé par EDRLab pour Windows MacOS et Linux sur la base de Readium Desktop. Les premières fonctionnalités d’accessibilité pour les personnes dyslexiques (espacements, polices, mise en page…) ont déjà été implémentées.

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Ateliers

Lecture numérique accessible : présentation et démonstration de quelques solutions matérielles et logicielles

Fernando Pinto da Silva, BrailleNet

@enssib

Après présentation des principes de base liés à l’utilisation d’un lecteur d’écran, l’atelier démarre par la présentation de Thorium Reader, dans sa version 1.1.1, édité par EDRLab. Ce logiciel permet, sous Windows (Mac et Linux aussi) de lire des livres numériques au format EPUb. Il se veut le plus compatible possible avec les lecteurs d’écran et, même si cette première version publique disponible sur le Windows store n’est pas encore pleinement satisfaisante, elle permet déjà d’appréhender ce que pourrait être, à terme,  un lecteur de documents EPUB respectueux de l’accessibilité et des usages des publics empêchés.

En attendant, un autre lecteur, disponible sous Windows, permet déjà de s’emparer de ce type d’ouvrages : il s’agit de Dolphin EasyReader : une version d’évaluation valable 30 jours est disponible. Il comporte bien des fonctions de personnalisations, tant pour les publics dys que malvoyants, et sait utiliser une synthèse vocale sans même qu’il y ait un lecteur d’écran présent sur le système.

Ce même logiciel existe pour iOS et Android, et pour ces systèmes, il est totalement gratuit.

À noter qu’en conjonction avec ces logiciels, et grâce aux lecteurs d’écran présents sur l’ensemble de ces systèmes, il est également possible de lire ces ouvrages au format EPUB 3 en braille grâce à des afficheurs connectables (en USB et/ou en Bluetooth) aux appareils.

D’autres logiciels existent pour iOS et Android : Voice Dream Reader offre, par exemple, un mode Pacman qui « avale » les mots au fur et à mesure qu’ils sont prononcés par la voix de synthèse, ce qui ne laisse à l’écran que ce qui reste à lire.

L’atelier se conclut sur la présentation de matériels spécifiques que sont les lecteurs DAISY qui gèrent, encore de façon très partiel, le format Epub dans sa version 3 : un Victor Reader Stratus 12M circule alors dans la salle et l’atelier se termine sur la lecture du même fichier Epub utilisé sur ordinateur et sur le téléphone.

Édition adaptée : vers des communautés de pratique pour une meilleure mutualisation

Alex Bernier, BrailleNet

Dans cet atelier les participants ont été questionnés sur les bonnes pratiques à mettre en place pour favoriser la mutualisation. Quelques constats et besoins ont émergés :

  • Démarrer dans l’écosystème de l’édition adaptée est assez difficile. Il manque une ressource qui permet aux nouveaux arrivants de mieux comprendre l’édition adaptée dans sa globalité (contexte légal, principaux types d’adaptation, principales techniques utilisées, etc.).
  • Pour favoriser l’harmonisation des pratiques et améliorer les possibilités d’échange de fichiers entre les différents organismes producteurs, les transcripteurs ont besoin d’un référentiel méthodologique qui aborde des problématiques techniques assez précises.
  • Pour optimiser la production et mieux calibrer le travail d’adaptation, chaque titre déposé sur PLATON doit être accompagné de métadonnées précises relatives à l’accessibilité du fichier. En parallèle, il faudrait que les transcripteurs puissent communiquer aux éditeurs à l’issue de leur travail d’adaptation les métadonnées relatives à la version adaptée pour que ces informations puissent être affichées dans les catalogues des éditeurs.
  • Il y a un besoin très fort de simplifier les processus de dépôt de fichier sur PLATON et également de consultation des différentes bases de données et plateformes des adaptations pour savoir si une adaptation existe pour un titre donné.

L’école de magie d’Elentil : conception d’un livre jeunesse interactif

Caroline Chabaud, Association Mes mains en or

@enssib

Caroline Chabaud a présenté une application développée pour les enfants déficients visuels par Les Mains en Or, publiée en juin 2019 : l’école de magie d’Elentil. Lors de l’atelier les participants ont découvert le processus de création de ce livre audio interactif et accessible, développé en coopération avec des enfants en situation de handicap visuel et des professionnels du secteur médico-social. L’application est disponible sur Android et iOS.

Liens :

Applications concrètes de la police Luciole pour les transcripteurs, les éditeurs et la presse

Jonathan Fabreguettes et Gaëlle Talon, CTRDV

L’équipe de Typographies.fr est revenue sur la question de la lisibilité évoquée le matin lors de la session plénière, et plus particulièrement sur la production d’adaptations en gros caractères. A partir d’un document présentant beaucoup de défauts, Gaëlle et Jonathan ont animé une réflexion commune sur les actions à entreprendre pour rendre le document aussi lisible que possible. A la suite de l’atelier ils ont rédigé une petite fiche qui résume les étapes à mettre en place pour gagner en termes de lisibilité (choix de couleurs, hiérarchisation de l’information, etc.).

Télécharger la fiche « Adapter un document en grands caractères » préparée par les animateurs à la suite de l’atelier (PDF – français – 612 KB)

Adaptation en bibliothèque : retour d’expérience

Frédéric Duton, Bibliothèque Universitaire de Poitiers, et Yasmina Crabières, Médiathèque Jean-Jacques Rousseau, Chambéry

Yasmina et Frédéric ont partagé avec les participants leurs expériences respectives en matière de mise en place de services d’adaptation au sein de leurs bibliothèques. L’université de Poitiers a reçu l’ »agrément PLATON » fin 2017 et après d’importants efforts en matière de formation des équipes, a mis en place une organisation d’adaptation « agile » qui évolue au fur et mesure de l’expérience et des difficultés rencontrées, sachant que cette nouvelle « mission » demande une maîtrise de techniques complexes et assez inhabituelles pour des personnes de profils bibliothécaires. Mais la mission s’inscrit parfaitement dans l’objectif de positionner la bibliothèque universitaire davantage comme un service d’appui auprès des étudiants et, comme telle, elle a toute sa légitimité.

La Médiathèque de Chambéry est habilitée depuis fin 2018, mais pour l’instant travaille beaucoup sur la maîtrise du matériel. La nécessité de développer des compétences en interne a été évoquée : il faut reconnaître que la transcription est un métier spécialisé.

Comment aborder la question de la description des images ? Vers un premier jeu d’actions.

Luc Audrain, Hachette Livre

@enssib

Lors de cet atelier, Luc Audrain a mené une réflexion commune non pas sur les méthodologies de description d’images, mais sur les stratégies à mettre en place dans les chaînes de production éditoriales pour faire en sorte que les images porteuses d’information soient accompagnées de descriptions pertinentes. Comment passer d’une situation où les maisons d’édition ne prennent pas en considération la description d’images à un scénario où aucune image n’est éditée sans être décrite ? Faut-il des équipes dédiées ou identifier des sous-traitants qualifiés à la description d’images ? Luc a fait appel aux personnes présentes qui décrivent les images au quotidien pour faire part de leurs expériences. Parmi les pistes de réflexion évoquées :

  • Voir en quelle mesure on pourrait privilégier des textes qui sont suffisamment complets pour que le lecteur n’ait pas besoin de l’image pour comprendre les informations véhiculées par le livre. Cela ne suppose pas d’exclure les images – beaucoup de lecteurs, par exemple les lecteurs dys, bénéficient de compléments visuels – mais que les images viennent compléter et ne pas se substituer aux textes.
  • Définir des typologies d’images (œuvres d’art, schémas, graphiques, illustrations, etc.) mais également des typologies d’ouvrages (livres scolaires, albums jeunesse, sciences sociales, etc.) pour mieux cibler et définir le type de description attendu dans chaque cas.
  • Établir des vocabulaires et méthodologies pour chaque type d’images et type d’ouvrages afin de guider les personnes chargées de décrire les images, dans le but créer des descriptions objectives et de bonne qualité.
  • Explorer la piste de l’intelligence artificielle pour générer un premier niveau d’information sur la nature de l’image (sa typologie par exemple) ; entre aucune information et une première indication automatique qui permet par exemple de savoir si l’image est nécessaire à la compréhension et nécessite d’une description, le choix est évident (voir présentation de Gregorio Pellegrino de la Fondation LIA au DPUB Summit sur le traitement automatique de l’image par des moteurs de reconnaissance automatique).
  • Sensibiliser toute la chaîne, et en particulier l’auteur, sur l’importance de fournir des alternatives textuelles aux images, qui sont en réalité des productions intellectuelles qui devraient hériter du même statut que le texte (et donc potentiellement être soumises au droit d’auteur). Il faudrait peut-être dans certains cas inscrire la nécessité de fournir des alternatives textuelles aux images porteuses d’information dans les contrats établis avec les auteurs. 

Merci à Luc Maumet et à Laurette Uzan pour leur contribution à ce compte-rendu.